sans parler.
Étienne leva les mains.
— Attendez.
Ça n’a jamais été finalisé.
— Tu as signé à ma place ?
— Je voulais juste sauver l’entreprise.
— En mettant ma maison en garantie ?
— J’allais tout rembourser.
Mélanie laissa échapper un rire nerveux.
Étienne se tourna vers elle.
— Ne commence pas.
— Moi ? Tu lui as dit que c’était moi qui avais insisté pour vendre ?
Leur façade se fissurait.
Maître Renaud sortit une deuxième série de documents.
— Il y a autre chose.
Neuf jours auparavant, quelqu’un avait demandé des renseignements sur une procédure de protection juridique me concernant, en affirmant que j’étais devenue incapable de gérer seule mes finances.
Je regardai mon fils.
— C’était ton idée ?
Il détourna les yeux.
Mélanie croisa les bras.
— Tu oublies des choses.
— Comme quoi ?
Elle ouvrit la bouche, puis hésita.
— Des rendez-vous.
Des factures.
— Donne-moi un seul exemple.
Silence.
Maître Renaud posa une page sur la table.
— Le plus préoccupant, c’est qu’un témoin a déjà signé une déclaration affirmant avoir observé des épisodes de confusion.
Je lus le nom.
Claire Vautrin.
Je dus m’asseoir.
Claire était mon amie depuis trente-deux ans.
Nous avions travaillé ensemble à la bibliothèque municipale.
Elle avait accompagné Paul pendant sa maladie.
Elle possédait encore un double de ma clé pour arroser les plantes lorsque je voyageais.
— Ce n’est pas possible.
Nora lut le nom par-dessus mon épaule.
— Tu l’as vue récemment ?
Je réfléchis.
Deux semaines plus tôt, Claire était venue prendre le café.
Mélanie était restée dans la cuisine avec nous presque tout le temps.
Je me rappelai soudain une conversation étrange.
Claire m’avait demandé si je conduisais toujours.
Puis si je gérais encore mes comptes seule.
J’avais pensé qu’elle s’inquiétait pour moi.
Maintenant, chaque question avait une autre couleur.
Étienne saisit sa veste.
— Cette conversation est terminée.
Maître Renaud se plaça entre lui et la porte.
— Vous êtes libre de partir.
Mais votre mère a été informée qu’elle pouvait signaler les mouvements bancaires et la falsification présumée.
— Présumée, répéta-t-il avec agressivité.
— Exactement.
Il me regarda.
Pendant une seconde, je crus qu’il allait s’excuser.
Au lieu de cela, il dit :
— Si tu fais ça, tu détruis ma vie.
Je sentis quelque chose se détacher en moi.
— Non, Étienne.
Je refuse simplement de te laisser détruire la mienne pour sauver la tienne.
Il partit en claquant la porte.
Mélanie resta.
Ce détail me surprit plus que tout.
Elle s’assit lentement sur une chaise.
— Il m’a dit que vous étiez d’accord au début, murmura-t-elle.
Je ne répondis pas.
— Il m’a dit que vous aviez promis de l’aider avec l’entreprise.
Que vous changiez d’avis tout le temps.
— Et la vidéo ?
Elle baissa les yeux.
— Il voulait des preuves que vous étiez instable.
— Alors tu as filmé pendant qu’il me faisait mal.
Elle se tut.
Aucune explication ne pouvait effacer cela.
Maître Renaud lui demanda si elle accepterait de transmettre les messages échangés avec Étienne au sujet de la vente et de la procédure.
Mélanie hésita longtemps.
Puis elle posa son téléphone sur la table.
— Oui.
Ce fut le premier vrai renversement.
Les messages révélèrent que l’idée de me faire passer pour