La première humiliation fut si élégante que, pendant quelques secondes, Sofia se demanda si elle avait le droit de se sentir humiliée.
C’était probablement ce que Marianne recherchait.
Dans la cour intérieure du riad, les lanternes diffusaient une lumière ambrée sur les murs couleur terre cuite.
Des pétales de roses flottaient dans le bassin central.
Un trio de musiciens jouait près des orangers, et quinze membres de la famille Renaud prenaient place autour d’une longue table couverte de porcelaine blanche.
Sofia, elle, ne trouvait pas son nom.
Elle vérifia une deuxième fois.
Puis une troisième.
Marc était assis à droite de sa mère Marianne, dont la robe ivoire et les boucles d’oreilles en diamant semblaient avoir été choisies pour rappeler à chacun qui devait être regardé ce soir-là.
À gauche de Marc se trouvait Camille Delorme.
Son ancienne fiancée.
Sofia savait que Camille avait été invitée.
Elle faisait partie du cercle familial depuis l’université et Marianne continuait à parler d’elle comme d’une nièce.
Sofia avait décidé de ne pas en faire un problème.
Ce qui devint un problème, en revanche, fut le serveur qui s’approcha d’elle avec un sourire gêné.
« Madame Sofia ? Votre place est ici. »
Il désignait une petite table près de la porte de service.
Trois couverts seulement.
Le photographe devait y manger entre deux séries de photos.
Le chauffeur principal y prendrait son repas plus tard.
Et un troisième carton portait le prénom de Sofia.
Sous son nom, écrit à la main, quelqu’un avait ajouté : « logistique ».
Elle releva les yeux vers la grande table.
Marianne l’observait déjà.
« Ah, tu as trouvé ! » lança-t-elle.
Quelques conversations cessèrent.
« Trouvé quoi ? » demanda Sofia.
Marianne eut ce petit rire qui précédait toujours les phrases cruelles qu’elle voulait ensuite faire passer pour de l’humour.
« Ta place, évidemment.
Nous nous sommes dit que ce serait plus pratique pour toi.
Tu es tellement occupée avec les prestataires. »
« Le dîner a commencé.
Je ne suis plus censée travailler. »
« Oh, personne ne te demande de travailler. »
Puis Marianne ajouta, en levant sa coupe :
« Mais après tout, notre extraordinaire organisatrice doit pouvoir surveiller son œuvre. »
Plusieurs convives rirent.
Sofia chercha Marc du regard.
Il aurait pu arrêter cela d’une phrase.
Il aurait pu déplacer sa chaise.
Il aurait pu simplement dire : elle s’assoit avec moi.
Au lieu de cela, il but une gorgée de vin.
« Sofia, ne commence pas », murmura-t-il.
Elle sentit quelque chose se refroidir en elle.
« Tu savais pour cette place ? »
Marc soupira.
« Maman fête ses soixante-huit ans.
On ne va pas gâcher la soirée pour un plan de table. »
Ce n’était pas une réponse.
Et pourtant, c’en était une parfaite.
Pendant quatre mois, Sofia avait construit cette soirée presque minute par minute.
Marianne avait voulu Marrakech après avoir vu un reportage sur les riads historiques.
Marc lui avait demandé de « donner un coup de main », puis le coup de main s’était transformé en organisation complète.
Sofia avait réservé les chambres, négocié le chef, coordonné les voitures, trouvé les musiciens, choisi les menus et planifié une sortie privée dans le désert.
L’acompte principal avait été avancé avec la carte de son agence de conseil, parce