mon père possédait le bateau », ai-je dit.
Il a baissé la tête.
« Je sais.
»
Cette réponse simple m’a surprise.
Pas d’excuse, pas d’explication, pas de mère compliquée, pas de famille fragile.
Juste je sais.
Solène a profité de ce silence pour se lever.
« Ce dîner est terminé.
Vous êtes tous sous le coup de l’émotion.
Demain, nous reparlerons calmement.
»
Elle a pris son sac.
Alain s’est placé devant elle.
Personne ne l’avait vu bouger.
« Non », a-t-il dit.
Solène l’a fixé, stupéfaite.
« Pardon ? »
« Tu ne pars pas avec ce document.
»
« Alain, écarte-toi.
»
« Non.
»
Le mot était petit, mais il a changé toute la pièce.
Pendant trente ans, Alain avait laissé Solène décider du ton, de la température, de la version officielle.
Là, il se tenait devant elle, les épaules droites, le visage pâle mais déterminé.
« Tu vas appeler le notaire maintenant », a-t-il dit.
« Tu vas annuler toute démarche liée à cet appartement.
Et demain, Adrien ira vérifier chaque document que tu lui as fait signer depuis deux ans.
»
Victor s’est levé brusquement.
« Papa, tu ne comprends pas.
»
Alain s’est tourné vers lui.
« Je comprends que ta mère a essayé de dépouiller ton frère pour payer tes erreurs.
Je comprends que tu étais au courant.
Et je comprends que j’ai laissé cette maison devenir un endroit où le plus silencieux payait pour le plus bruyant.
»
Victor a reculé.
Son téléphone a vibré.
Il a regardé l’écran.
Toute son arrogance a disparu.
« Maman… »
Solène n’a pas bougé.
« Quoi ? »
« La banque a bloqué le virement.
»
Adrien s’est raidi.
« Quel virement ? »
Victor a blêmi.
Il venait encore d’en dire trop.
Mon père a parlé au téléphone : « Inès, j’ai demandé à Maëlle de signaler l’incident à notre service juridique, uniquement pour ce qui concerne l’usage du voyage.
Si un établissement financier est déjà impliqué, il faut appeler votre notaire maintenant.
»
Alain a sorti son propre téléphone.
Solène a murmuré : « Tu n’oseras pas.
»
Il l’a regardée avec une tristesse immense.
« C’est ce que tu as toujours cru.
»
Il a appelé le notaire d’Adrien.
Pas demain.
Pas après réflexion.
Là, debout dans ce restaurant trop chic, sous les regards gênés des serveurs.
Pendant l’appel, Solène s’est assise lentement, comme si ses jambes ne la portaient plus.
Victor s’est éloigné de la table pour envoyer des messages frénétiques.
Adrien n’a pas quitté le document des yeux.
Moi, j’ai pris mon téléphone.
« Papa ? »
« Je suis là.
»
Sa voix avait retrouvé de la douceur.
« Merci.
»
« Tu n’as pas à me remercier pour ta place, Inès.
Elle était à toi avant qu’on essaie de te la retirer.
»
J’ai dû détourner le regard vers la fenêtre.
La pluie dessinait des lignes tremblantes sur le verre.
En bas, les phares des voitures s’allongeaient sur les quais comme des blessures de lumière.
Quand Alain a raccroché, sa voix était changée.
« Le notaire confirme qu’aucune vente ne peut avancer sans la présence d’Adrien.
Il demande que nous lui transmettions immédiatement une copie de cette procuration.
»
Solène a serré les dents.
« Vous allez