lors de déjeuners pressés où sa mère lui avait assuré que c’était « pour simplifier ».
Victor a dû admettre que ses dettes venaient de placements risqués et de prêts contractés auprès de personnes peu patientes.
Solène n’avait pas tout volé, mais elle avait tout déplacé autour d’elle pour que personne ne voie le trou.
L’appartement de la rue Vauban n’a pas été vendu.
Adrien a changé les serrures avec son père.
Il m’a envoyé une photo de la cour intérieure, sans commentaire.
Seulement l’image d’un banc en pierre, de volets verts, d’une plante grimpante autour d’une fenêtre.
Je lui ai répondu deux heures plus tard : « C’est beau.
»
Il a écrit : « Elle aurait voulu que tu le voies.
»
Je n’ai pas demandé qui était elle.
Je savais qu’il parlait de sa tante Élise.
Un mois après le dîner, Adrien m’a proposé de venir dans cet appartement.
Pas pour une grande déclaration.
Pas pour me convaincre de rentrer.
Pour me montrer ce qu’il avait commencé à réparer.
J’y suis allée un dimanche matin.
Il portait un vieux pull gris, les manches retroussées, les mains couvertes de poussière.
Dans le salon, il avait retiré un papier peint jauni.
Sur le parquet, des cartons étaient alignés.
Alain était passé plus tôt, m’a-t-il dit, pour apporter des outils.
Sur une table, j’ai vu la procuration encadrée sous une pochette transparente.
J’ai froncé les sourcils.
Adrien a suivi mon regard.
« Je la garde pour ne pas oublier ce que le silence permet.
»
Ce n’était pas une phrase parfaite.
Elle n’essayait pas de l’être.
Il m’a montré la pièce qui deviendrait son atelier.
Puis la petite cuisine donnant sur la cour.
Puis une chambre où le soleil entrait doucement malgré le froid.
« Je ne te demanderai pas de revenir vivre avec moi maintenant », a-t-il dit.
« Je veux seulement que tu voies que je ne suis plus en train d’attendre que les choses se calment.
»
Je me suis assise sur le rebord de la fenêtre.
« Et ta mère ? »
Il a baissé les yeux.
« Elle refuse de reconnaître quoi que ce soit.
Je la vois seulement avec un médiateur familial, et plus jamais seul pour les questions d’argent.
Victor ne me parle plus.
Papa a déménagé dans un studio pour quelques mois.
»
La famille parfaite de Solène s’était fissurée.
Mais les fissures laissaient entrer de l’air.
Je n’ai pas pardonné ce jour-là.
Le pardon n’est pas une scène qu’on joue parce que la lumière tombe bien sur les meubles anciens.
Mais j’ai posé ma main sur celle d’Adrien.
Il a eu le réflexe de la serrer trop vite, puis il s’est arrêté, comme s’il apprenait même cela : ne pas prendre, attendre.
Alors j’ai serré la sienne.
Quelques mois plus tard, Étoile Marine organisait une traversée courte entre Marseille et Barcelone pour inaugurer une rénovation du Belladone.
Mon père m’a demandé si je voulais venir.
Cette fois, j’ai invité Adrien.
Il a accepté avec une prudence humble.
Le soir du départ, nous nous sommes tenus sur le pont arrière.
Il portait une veste sombre, moi une robe simple couleur ivoire.
Le vent soulevait mes cheveux.
Les passagers riaient plus loin, coupes à la main, tournés vers les lumières du port.
Adrien