se redressa.
« Elle ne va nulle part. »
Marc tourna enfin la tête vers lui.
« Tu viens d’admettre devant quinze personnes avoir frappé ma fille.
Elle vient de confirmer que cela s’est déjà produit.
Je te conseille de ne pas essayer de l’empêcher de franchir cette porte. »
Antoine eut un sourire plus dur.
« Vous me menacez ? »
« Je protège son droit de sortir d’une pièce sans ton autorisation. »
Élise se dirigea vers la baie vitrée.
Hélène Moreau, sa belle-mère, l’intercepta près de la cuisine.
Toujours impeccable, Hélène avait construit pendant trente ans l’image d’une famille irréprochable.
Son fils dirigeait une société de conseil financier.
Elle présidait plusieurs associations locales.
Elle parlait constamment de réputation, de discrétion et de respectabilité.
Elle serra le poignet d’Élise.
« Ne fais pas quelque chose que tu regretteras demain.
La carrière d’Antoine peut être détruite par une accusation lancée sous le coup de l’émotion. »
Élise retira son bras.
« Ce n’est pas une accusation.
Il vient de l’avouer. »
Pour la première fois, Hélène n’eut rien à répondre.
Élise sortit dans le jardin.
La chaleur du soir enveloppa sa peau.
Des lampions avaient été suspendus entre les arbres.
Quelques minutes plus tôt, elle avait imaginé souffler ses bougies ici, entourée de gens qui chanteraient pour elle.
À présent, elle regardait sa propre fête à travers la vitre comme si elle observait la vie d’une inconnue.
Marc parlait à Antoine.
Les invités restaient immobiles.
Puis Hélène tourna la tête vers le couloir menant au bureau.
Son expression changea.
Elle regarda la cuisine.
Et se mit soudain à courir.
Elle heurta une chaise, trébucha, tomba à genoux et continua sur le carrelage.
Ses bracelets frappaient les portes des placards tandis qu’elle rampait jusqu’au meuble sous l’évier.
Élise resta bouche bée.
Hélène ouvrit la poubelle coulissante et plongea les deux mains dedans.
Elle ne faisait pas un malaise.
Elle cherchait quelque chose.
Quelques secondes plus tard, elle en sortit une enveloppe kraft froissée.
Élise la reconnut.
Elle l’avait trouvée l’après-midi même derrière l’imprimante du bureau.
Son nom figurait dessus, mais l’adresse n’était pas la sienne.
Craignant une nouvelle dispute, elle l’avait jetée sans l’ouvrir lorsque Antoine était rentré dans la pièce.
Hélène tenta de cacher l’enveloppe sous sa robe.
Marc la vit.
« Madame Moreau.
Posez cela sur la table. »
Antoine devint livide.
Élise rentra dans la cuisine.
« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? »
Hélène regarda son fils.
Antoine regarda sa mère.
Ce fut ce bref échange qui alarma le plus Élise.
Pendant six ans de mariage, elle avait vu Antoine arrogant, colérique, méprisant, parfois cruel.
Elle ne l’avait jamais vu effrayé.
Marc répéta : « L’enveloppe. »
Hélène finit par la déposer sur le comptoir.
Élise l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient trois feuilles et une carte bancaire coupée en deux.
La première était un relevé bancaire à son nom.
« Ce compte n’est pas à moi. »
Antoine eut immédiatement sa réponse habituelle.
« Tu as oublié. »
Ces trois mots la frappèrent plus fort qu’elle ne l’aurait imaginé.
Tu as oublié.
Depuis près de deux ans, ils avaient envahi sa vie.
Elle avait oublié un rendez-vous chez le notaire.
Elle avait oublié avoir commandé un téléphone coûteux.
Elle avait oublié avoir accepté un placement financier.