Je suis rentré avec un bouquet de renoncules couleur pêche et un minuscule bonnet en laine muni de deux oreilles de renard.
Une heure plus tard, je suivais une ambulance sous la pluie tandis que ma mère répondait aux questions de la police dans la maison où elle avait toujours pensé être intouchable.
Je m’appelle Julien Valmont.
Pendant trente-six ans, j’ai cru connaître ma mère.
Colette Valmont était exigeante, autoritaire, obsédée par les apparences et incapable d’accepter qu’une décision importante puisse être prise sans elle.
Tout cela, je le savais.
Ce que je ne savais pas, c’est jusqu’où elle était prête à aller lorsqu’elle sentait son influence lui échapper.
Maëlle et moi étions mariés depuis quatre ans.
Notre fille devait naître à la fin septembre.
Après deux grossesses interrompues très tôt, cette grossesse avait transformé notre bonheur en une sorte de vigilance permanente.
Nous célébrions chaque semaine gagnée.
Chaque rendez-vous rassurant nous permettait de respirer un peu mieux.
À trente et une semaines, Maëlle était épuisée mais heureuse.
Elle préparait la chambre du bébé avec une lenteur presque cérémonieuse.
Elle repliait les petits vêtements trois fois avant de les ranger.
Elle avait accroché au mur une vieille photographie de son père, mort avant notre mariage, parce qu’elle voulait que notre fille connaisse son visage.
Ma mère détestait cette photographie.
« Une chambre d’enfant doit regarder vers l’avenir », avait-elle dit.
Maëlle avait répondu calmement : « On peut regarder vers l’avenir sans effacer les morts. »
Je me souviens du silence qui avait suivi.
À l’époque, j’avais cru qu’il s’agissait d’un simple désaccord.
J’aurais dû comprendre que ma mère comptabilisait chaque refus.
Tout avait vraiment commencé trois mois plus tôt, lorsqu’elle avait insisté pour nous présenter Sabine Laroque, une psychologue travaillant, selon elle, avec des femmes enceintes traversant des périodes d’anxiété.
Maëlle n’en avait pas besoin, mais Colette avait été habile.
Elle n’avait pas dit : « Tu devrais consulter. »
Elle avait dit : « Sabine pourrait vous aider à préparer émotionnellement l’après-naissance.
Beaucoup de couples négligent cette période. »
Présenté ainsi, cela semblait presque bienveillant.
Sabine était une femme d’une cinquantaine d’années, toujours parfaitement habillée, avec une voix douce qui donnait l’impression que chaque phrase avait été pesée avant d’être prononcée.
Lors de notre première rencontre, elle avait surtout parlé de sommeil, de fatigue, de communication dans le couple et de l’importance d’accepter de l’aide.
Rien d’alarmant.
Puis les questions avaient changé.
Est-ce que Maëlle avait déjà eu peur de perdre le contrôle ?
Se sentait-elle parfois persécutée par des proches ?
Avait-elle tendance à interpréter les conseils comme des critiques ?
Je me souviens que Maëlle avait ri après une séance.
« Elle veut savoir si je suis folle parce que ta mère m’agace. »
J’avais souri.
Je pensais qu’elle plaisantait.
C’était mon erreur.
Le vendredi où tout a basculé, je devais dîner avec deux associés à Bordeaux.
La réunion avait été annulée vers seize heures.
J’aurais pu rester au bureau, mais Maëlle avait mal dormi et je savais qu’elle passerait la soirée seule.
En sortant, je suis entré dans une boutique pour enfants.
Sur une étagère se trouvait un bonnet roux avec deux oreilles minuscules.
La veille, Maëlle m’avait envoyé exactement le même modèle en disant que notre fille en avait absolument besoin.
J’avais répondu qu’aucun