arrivé une heure plus tard avec deux bouteilles de champagne millésimé.
Ma mère les a prises à deux mains comme si elles contenaient une bénédiction.
Au dîner, mon père a attendu que tout le monde soit servi pour se pencher vers Samuel.
« Alors, Samuel, tu comptes rester dans le bois toute ta vie ? »
Samuel a levé les yeux.
« Je l’espère.
»
Mon père a souri.
Pas un sourire chaleureux.
Un sourire de banquier devant un dossier trop mince.
« Je veux dire, un vrai métier.
Quelque chose de stable.
Camille a besoin de sécurité.
»
Romain a ri doucement.
« Enfin, Gérard, il faut bien des gens pour réparer les commodes des autres.
»
La table a ri, sauf moi.
Samuel n’a pas rougi.
C’est ce qui m’a le plus frappée.
Il a simplement posé sa main sous la table, contre la mienne, et il a serré mes doigts une fois.
Ce soir-là, personne ne savait que Samuel venait de terminer une pièce importante pour Olivier Lenoir.
Olivier était notre propriétaire.
Du moins, c’est ce que je croyais.
Il possédait l’immeuble ancien où nous louions l’atelier, au bord d’une rue calme de Nantes, avec une cour pavée et un figuier tordu.
Il avait soixante-douze ans, portait toujours des manteaux sombres et montait les escaliers lentement, comme s’il écoutait chaque marche.
Il venait souvent voir Samuel travailler.
Il ne parlait pas beaucoup, mais quand il parlait, Samuel l’écoutait.
« Cette courbe est trop docile », disait-il parfois.
Ou bien : « Le bois garde la mémoire des mains.
Ne le forcez pas à mentir.
»
Je pensais qu’Olivier était un ancien professeur, peut-être un collectionneur modeste, quelqu’un qui avait connu des artistes et qui aimait encore respirer l’odeur de l’atelier.
Il apportait des mirabelles en été, réparait les serrures lui-même et buvait son café dans une tasse ébréchée.
Un soir, il m’avait trouvée seule, en train de nettoyer des pinceaux dans l’évier.
« Votre famille ne comprend pas ce que Samuel fait », avait-il dit.
J’avais eu un rire gêné.
« Ma famille comprend surtout ce qui peut s’afficher sur une carte de visite.
»
Olivier avait regardé la lumière tomber sur les copeaux au sol.
« Les cartes de visite brûlent vite.
Les œuvres restent.
»
Je n’avais pas su quoi répondre.
En février, Samuel m’a demandée en mariage sous la verrière de l’atelier.
Il pleuvait fort.
L’eau courait sur le verre au-dessus de nous, et les lampes faisaient briller la poussière dans l’air.
Il n’avait pas encore acheté de bague.
À la place, il tenait une fine bande de noyer qu’il avait commencé à courber à la vapeur.
« Je peux te promettre une chose », a-t-il dit d’une voix basse.
« Je ne te laisserai jamais seule devant ce qui compte.
»
J’ai dit oui avec de la colle sur les doigts et des larmes plein la gorge.
Nous avons choisi le 20 juillet.
Une petite maison de pierre près de Vannes louait son jardin pour les cérémonies.
Il y avait des hortensias, une allée de gravier, un vieux pommier et assez de place pour quarante chaises.
Samuel voulait construire l’arche lui-même avec du bois récupéré dans une grange.
Je voulais des fleurs simples, des nappes en lin, de la musique douce et les