gens qui nous aimaient vraiment.
Quand j’ai appelé mon père pour lui annoncer la date, il n’a pas dit félicitations.
Il a dit : « Je vais vérifier.
»
Deux jours plus tard, il m’a rappelée.
« C’est bon, ma chérie.
Je serai là.
Et je te mènerai jusqu’à Samuel.
Je te le promets.
»
J’ai fermé les yeux en entendant cette phrase.
J’avais vingt-neuf ans, mais à cet instant, une partie de moi avait encore huit ans.
Elle voulait croire que son père choisirait enfin sa main.
Ma mère a demandé combien coûterait la cérémonie.
Manon a envoyé un message poli : « Super nouvelle.
Dis-moi si tu veux que je t’aide pour l’organisation.
»
Je n’ai jamais reçu cette aide.
Au début, je n’y ai pas pensé.
Samuel et moi étions occupés.
Je dessinais les invitations à la main avec de petites branches de lavande.
Il construisait l’arche le soir, après son travail, ponçant chaque jointure jusqu’à ce qu’elle soit douce sous la paume.
Nos amis nous aidaient.
Anaïs, ma meilleure amie, serait photographe.
Un voisin s’occupait de la musique.
La tante de Samuel préparait des tartes aux abricots.
C’était modeste.
Mais c’était à nous.
Le premier signe est venu de ma cousine Inès, trois semaines avant la cérémonie.
Elle m’a appelée un mardi matin, pendant que je restaurais le pied fendu d’une armoire.
« Camille, je suis désolée, je suis perdue.
Tu vas à la fête de Manon avant ton mariage, ou tu fais seulement la cérémonie ? »
J’ai gardé le ciseau à bois en l’air.
« Quelle fête ? »
Le silence d’Inès a changé la température de la pièce.
Elle m’a expliqué.
Manon organisait une baby shower à l’Hôtel Émeraude de La Baule.
Le 20 juillet.
À midi.
Dress code rose pâle et blanc cassé.
Buffet, photographe, mur de ballons, cadeaux déposés sur une table couverte de satin.
J’ai appelé Manon immédiatement.
Elle a décroché d’une voix légère, déjà prête.
« Camille, ne dramatise pas.
Romain a trouvé une date, le lieu était presque complet, et puis tu sais comment sont les hôtels en été.
C’était la seule possibilité.
»
« Ma cérémonie est à quinze heures.
À Vannes.
»
« Oui, mais les gens peuvent peut-être passer aux deux.
»
« En plein samedi de juillet ? Avec la route ? »
Elle a soupiré.
« Tu pourrais être contente pour moi.
C’est mon premier bébé.
»
J’ai pensé à ma robe suspendue dans l’atelier, à l’arche que Samuel ponçait tous les soirs, aux invitations parties depuis des semaines.
« Et moi, Manon ? »
Sa voix s’est refroidie.
« Toi, tu as choisi une petite cérémonie.
Ne me reproche pas de vouloir une vraie fête.
»
Dans les jours qui ont suivi, ma famille s’est mise en mouvement, non pas vers moi, mais contre moi.
Ma mère m’a appelée pour me demander de comprendre.
Ma tante m’a dit qu’une grossesse était sacrée.
Mon père a répété qu’il essaierait de faire les deux, mais sa voix avait déjà choisi.
Romain a envoyé un message à Samuel : « Il faut parfois accepter les priorités familiales.
»
Samuel m’a montré le message sans rien dire.
J’ai vu sa mâchoire se contracter.
La veille du mariage, j’ai appelé mon père une dernière fois.
« Papa,