chapelle, a tourné la clé dans la serrure.
Le claquement sec a traversé le silence.
Marc s’est retourné.
Près de l’entrée se tenaient trois personnes qu’il ne s’attendait certainement pas à voir.
La première était Maître Sophie Ravel, l’avocate de Papa depuis plus de vingt ans.
Elle portait un dossier cartonné gris.
Les deux autres étaient des enquêteurs de la brigade financière.
Puis une quatrième silhouette est apparue derrière eux.
Hélène Vasseur.
L’infirmière de nuit de Papa.
Je l’avais cherchée pendant deux jours.
La famille avait reçu un message de l’agence expliquant qu’elle était en congé après le décès d’un patient.
Son téléphone était éteint.
Elle ne répondait pas chez elle.
Lorsque je l’ai enfin retrouvée, ce n’était pas moi qui avais frappé à sa porte.
C’étaient les enquêteurs.
Marc s’est raidi.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
L’un des policiers a présenté sa carte.
« Nous souhaitons clarifier certains faits liés aux dernières heures de votre père et à plusieurs documents financiers. »
« Pendant les funérailles ? »
« Nous avions prévu de vous entendre après la cérémonie.
Mais Mme Vasseur a accepté de venir ici parce qu’elle voulait parler en présence de la famille. »
Hélène fixait le sol.
Je me souvenais parfaitement de la dernière fois où je l’avais vue auprès de Papa.
Elle avait préparé une tisane, vérifié son oxygène et plaisanté sur le fait qu’il trichait aux mots croisés.
Deux jours plus tard, elle avait disparu.
Trois jours plus tôt, Marc nous avait annoncé la mort de Papa par un message collectif envoyé à 6 h 14.
Papa est parti paisiblement cette nuit.
Merci de respecter notre intimité.
J’avais appelé immédiatement.
Marc avait répondu après la sixième sonnerie.
« Que s’est-il passé ? »
« Son cœur s’est arrêté. »
« À quelle heure ? »
« Vers quatre heures. »
« Qui était avec lui ? »
Un silence.
« Hélène.
Et moi un moment. »
« Pourquoi étais-tu là à quatre heures du matin ? »
Il avait soupiré.
« Élise, Papa vient de mourir.
Ce n’est pas un interrogatoire. »
Cette phrase avait été sa première erreur.
Sa deuxième avait été de vouloir organiser la crémation quatre jours plus tard.
Sa troisième avait été de me faire parvenir, avant même les funérailles, la copie d’un acte de cession daté de cinq jours avant le décès.
Selon cet acte, Papa transférait la quasi-totalité de ses parts de Lenoir Industries à Marc et Julien.
Une clause leur donnait également le contrôle de deux appartements et d’un portefeuille d’investissement important.
Je n’étais pas seulement exclue.
Le document affirmait que Papa m’avait déjà suffisamment aidée de son vivant.
Cette phrase m’avait presque fait rire.
J’avais quitté mon emploi à temps plein huit mois plus tôt pour passer sur un contrat réduit et pouvoir l’accompagner aux rendez-vous médicaux.
Marc et Julien, eux, venaient surtout parler de l’entreprise.
Mais je ne cherchais pas à prouver que Papa m’aimait davantage.
Je cherchais à savoir pourquoi il avait eu peur.
Son dernier appel avait duré cinquante-huit secondes.
Je me trouvais encore dans ma voiture, devant une pharmacie, lorsque son nom s’était affiché.
« Papa ? »
Il avait parlé presque en chuchotant.
« Élise, ne m’interromps pas.
Ils veulent que je signe encore quelque chose. »
J’avais