»
Le message resta non distribué.
Il écrivit : « Pense à Lila.
»
Bloqué.
Il écrivit depuis un autre numéro : « On peut régler ça intelligemment.
»
Maître Delorme répondit à sa place par une mise en demeure.
Dans l’appartement d’Élise, Inès lut chaque document lentement, assise dans un fauteuil près de la fenêtre.
Lila dormait contre elle.
Son corps était encore faible, mais son regard changeait.
La peur ne disparaissait pas.
Elle se déplaçait.
Elle n’était plus une cage.
Elle devenait une alarme.
« Il va essayer de me faire passer pour folle », dit-elle.
Maître Delorme posa un dossier sur la table.
« Il a déjà commencé.
»
Inès pâlit.
« Comment ? »
L’avocate ouvrit le dossier.
À l’intérieur, il y avait des captures d’écran de messages envoyés par Marc à plusieurs amis communs.
Il y parlait d’un épisode post-partum, d’une épouse influençable, d’une belle-sœur intrusive, d’une situation qu’il voulait « traiter avec dignité ».
Inès lut jusqu’au bout.
Ses mains se mirent à trembler.
Élise voulut reprendre les feuilles, mais Inès les garda.
« Non.
Je veux voir.
»
Elle lut encore.
Puis elle tomba sur une phrase.
« Je crains pour la sécurité de ma fille.
»
Un son étrange sortit de sa gorge.
Pas un sanglot.
Pas un rire.
Quelque chose entre les deux.
« Il m’a laissée au sol.
Et il écrit ça.
»
Maître Delorme se pencha légèrement.
« C’est pour cela que nous allons être méthodiques.
Pas bruyantes.
Méthodiques.
»
La méthode commença par des preuves.
Les médecins fournirent les comptes rendus.
Les ambulanciers rédigèrent leurs observations.
La voisine d’en face, Madame Keller, donna une copie de sa caméra extérieure : on y voyait Marc charger sa valise, monter dans sa voiture, vérifier son reflet dans la vitre, puis partir.
Vingt-deux minutes plus tard, on voyait les secours arriver.
Un autre voisin déclara avoir entendu le bébé pleurer longtemps avant l’arrivée des ambulanciers.
Élise remit les messages vocaux.
Et Inès, enfin, parla.
Pas sur les réseaux.
Pas dans une vidéo larmoyante.
Elle parla devant les personnes qui pouvaient protéger sa fille.
La première audience eut lieu dans une salle plus petite qu’elle ne l’imaginait.
Marc était là, costume sombre, visage fermé.
Il s’était rasé de près.
Il avait l’air fatigué, mais soigneusement fatigué, comme un homme qui veut inspirer la compassion.
Sa mère était assise derrière lui.
Inès entra avec Élise et Maître Delorme.
Elle portait une robe noire ample et un manteau gris.
Lila n’était pas là.
C’était volontaire.
Inès avait refusé que sa fille devienne un objet posé entre deux adultes.
Quand Marc la vit, il fit un pas vers elle.
« Inès.
»
Elle s’arrêta.
Pendant une seconde, tous les vieux réflexes remontèrent : répondre, apaiser, éviter la scène, protéger son image à lui pour qu’il ne le lui fasse pas payer plus tard.
Puis elle recula d’un demi-pas.
Maître Delorme se plaça légèrement devant elle.
« Par mon intermédiaire uniquement, monsieur.
»
Le visage de Marc se durcit.
Pendant l’audience, son avocat tenta de parler de malentendu, de fatigue, d’un couple sous pression après une naissance.
Il évoqua un mari « maladroit mais pas dangereux », un départ « regrettable » et une épouse « entourée par une sœur hostile ».
Inès écouta.
Son cœur