Il L’a Laissée Saigner, Puis La Maison Était Vide

si elle n’en était plus certaine.

Quand les secours arrivèrent, la porte d’entrée était verrouillée.

Élise, arrivée en même temps qu’eux, ne demanda pas la permission.

Elle prit une pierre décorative dans le massif de fleurs et brisa la vitre latérale à côté de l’entrée.

Plus tard, Marc parlerait de vandalisme.

Plus tard, il oserait dire qu’elle avait toujours voulu s’introduire chez eux.

Mais ce soir-là, quand Élise monta les escaliers derrière les ambulanciers et vit sa sœur au sol, elle ne pensa ni aux accusations ni aux apparences.

Elle pensa seulement qu’elle avait failli arriver trop tard.

« Inès ! »

Inès ouvrit les yeux.

Son regard mit du temps à reconnaître le visage penché sur elle.

« Lila », souffla-t-elle.

« On s’occupe d’elle.

Je te le jure.

»

Une secouriste prit le bébé, vérifia sa respiration, l’enveloppa.

Un autre posa des questions rapides, mesura, appuya, parla dans sa radio.

Les mots se mélangeaient : hémorragie, tension, transport, urgence.

Élise tenait la main d’Inès.

« Où est Marc ? » demanda un ambulancier.

Inès essaya de tourner la tête vers sa sœur.

Élise montra l’écran de son téléphone.

La photo de Marc brillait encore.

« Au chalet », dit-elle.

« Pour son anniversaire.

»

Personne ne commenta.

Ce silence-là, Inès ne l’oublierait jamais.

Il n’était pas vide comme celui de la maison.

Il était plein de jugement.

À l’hôpital, Inès perdit la notion du temps.

Il y eut des plafonds blancs, des lumières trop fortes, des voix calmes qui disaient son prénom.

Elle se réveilla plusieurs heures plus tard dans une chambre aux rideaux tirés, une perfusion dans le bras, la bouche sèche et le ventre lourd.

Élise était assise près d’elle, Lila endormie contre sa poitrine.

Pendant un instant, Inès crut voir leur enfance : Élise qui la gardait après l’école, Élise qui chassait les garçons trop insistants au collège, Élise qui disait toujours la vérité même quand elle dérangeait.

Puis tout revint.

La chambre.

Le tapis.

Marc.

« Il sait ? » demanda Inès.

Élise secoua la tête.

« Son téléphone est toujours injoignable.

»

Inès ferma les yeux.

Une larme coula vers son oreille.

« Il m’a vue.

»

« Je sais.

»

« Il a pris mon téléphone.

»

« Je sais.

»

« Il est parti quand même.

»

Élise posa Lila dans le petit berceau d’hôpital, puis revint vers sa sœur.

« Cette fois, tout le monde va savoir.

»

Inès eut un mouvement de peur presque immédiat.

« Non.

Il va dire que j’exagère.

Que j’ai paniqué.

Que tu m’as montée contre lui.

Il va tout retourner.

Il sait le faire.

»

Élise ne répondit pas tout de suite.

Elle sortit de son sac une enveloppe transparente contenant un petit boîtier noir.

Inès le reconnut.

La caméra de l’entrée.

Marc l’avait installée trois mois plus tôt en prétendant vouloir surveiller les livreurs.

En vérité, il recevait une notification chaque fois qu’Inès ouvrait la porte.

Il savait quand elle sortait les poubelles, quand elle parlait à une voisine, quand sa sœur passait déposer quelque chose malgré son interdiction.

« Elle enregistre aussi le son près du hall », dit Élise.

Inès sentit son cœur accélérer.

« Comment tu l’as eue ? »

« Le policier m’a demandé s’il y avait des caméras.

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