Elle Refusa Le Siège Qu’on Voulait Lui Voler

ou débarquer.

Mais vous ne prendrez la place de personne aujourd’hui.

»

Solène serra les lèvres.

Pendant une seconde, on crut qu’elle allait protester.

Puis elle attrapa son sac et quitta l’avion sans un mot.

Le nouveau commandant, une femme nommée Claire Montreuil, entra dans la cabine vingt minutes plus tard.

Elle salua l’équipage un par un, échangea quelques mots avec Malik, puis s’approcha de Camille.

« Madame Dervaux, je suis désolée pour ce que vous avez vécu.

»

Camille secoua légèrement la tête.

« Ne soyez pas désolée à ma place.

Faites partir cet avion quand il sera prêt.

Et prenez soin de votre équipage.

»

Claire eut un sourire bref.

« C’est prévu.

»

Le vol partit avec quarante-sept minutes de retard.

À l’altitude de croisière, Malik apporta à Camille un plateau qu’il posa avec une précision presque cérémonieuse.

Il avait retrouvé un peu de couleur, mais ses mains tremblaient encore.

« Madame », dit-il, « je voulais vous remercier.

»

Camille referma son roman.

« Ne me remerciez pas trop vite.

Les prochains jours seront difficiles.

Il y aura des entretiens, des audits, des gens qui nieront, d’autres qui auront peur de parler.

»

« Je sais.

»

« Vous serez protégé.

Inès aussi.

Tous ceux qui témoigneront le seront.

Pas seulement par des mots.

Par des contrats, des procédures et des conséquences.

»

Malik baissa les yeux.

Pendant un instant, il eut l’air plus jeune.

« On nous a souvent promis des choses.

»

Camille hocha la tête.

« Alors cette fois, vous ne me croirez pas sur parole.

Vous jugerez sur les actes.

»

Il la regarda, puis acquiesça.

À Montréal, la nouvelle avait déjà commencé à circuler.

Pas sous la forme exacte des faits.

Les réseaux déformaient, grossissaient, ajoutaient des détails inventés.

Certains parlaient d’une milliardaire déguisée.

D’autres d’un commandant licencié en plein embarquement.

Quelques commentateurs défendaient Adrien sans rien savoir, persuadés qu’un homme en uniforme méritait forcément le bénéfice du doute.

Camille refusa de répondre à chaud.

Le lendemain, elle convoqua le conseil d’Aurora Air.

Pas dans la grande salle vitrée du siège, celle où l’on servait du café dans des tasses trop fines.

Elle choisit une salle de formation au sous-sol, près des vestiaires du personnel navigant.

Chaises simples.

Néons.

Distributeur d’eau.

Aucun symbole inutile.

Hugo Morel arriva le premier.

Il avait dormi deux heures.

« Camille », dit-il, « je dois vous présenter ma démission.

»

Elle le regarda poser l’enveloppe sur la table.

« Pourquoi ? »

« Parce que je savais qu’il y avait des problèmes.

Pas tout.

Pas l’ampleur.

Mais assez pour agir plus tôt.

J’ai attendu d’avoir des preuves impossibles à contester.

»

Camille ne toucha pas l’enveloppe.

« Et pourquoi avez-vous attendu ? »

Hugo prit une longue inspiration.

« Parce que Vasseur était protégé par d’anciens administrateurs.

Parce qu’il connaissait tout le monde.

Parce qu’il menaçait de faire tomber d’autres personnes avec lui.

Parce que je me suis convaincu que gérer une compagnie, c’était parfois avancer par compromis.

»

« Et maintenant ? »

« Maintenant, je vois que certains compromis coûtent plus cher que les crises.

»

Camille resta silencieuse.

Puis elle repoussa l’enveloppe vers lui.

« Je n’accepte pas votre démission aujourd’hui.

»

Il leva les yeux, surpris.

« Pourquoi ? »

«

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