les personnels au sol.
Il change les affectations pour favoriser ses proches.
Il menace ceux qui contestent ses décisions.
Il a fait modifier un rapport de fatigue.
Camille n’avait pas encore toutes les preuves.
Alors elle était montée dans son avion comme n’importe quelle passagère.
Et Adrien Vasseur venait de lui offrir, devant témoins, le début de la vérité.
« Mademoiselle », reprit-il, plus fort, « vous allez obéir.
»
Le mot tomba mal.
Camille baissa les yeux vers ses mains, puis les releva vers lui.
« Obéir à une consigne de sécurité, oui.
À un caprice, non.
»
Malik inspira brusquement.
Solène se leva.
« Adrien, franchement, on ne va pas retarder tout un vol pour une personne qui refuse d’être raisonnable.
»
Camille tourna la tête vers elle.
« Madame, ce vol ne sera pas retardé par mon billet.
»
Solène croisa les bras.
« Vous ne savez visiblement pas à qui vous parlez.
»
Pour la première fois, une émotion passa sur le visage de Camille.
Pas de colère.
Pas de mépris.
Une tristesse brève, presque ancienne.
« C’est exactement le problème », dit-elle.
Adrien fit un pas de plus.
« Ça suffit.
Malik, prenez ses bagages.
»
Le chef de cabine ne bougea pas.
Il avait les mains jointes devant lui, les épaules tendues.
Adrien tourna lentement la tête vers lui.
« Malik.
»
Cette fois, le prénom claqua comme un ordre de punition.
Malik s’approcha, mais au lieu de prendre le sac de Camille, il se pencha légèrement vers Adrien.
« Commandant, je dois vérifier le manifeste avant tout déplacement imposé.
»
Le visage d’Adrien se ferma.
« Vous me contredisez devant les passagers ? »
« Je respecte la procédure.
»
Hugo Morel se leva.
Trop tard pour empêcher la scène.
Juste à temps pour l’aggraver.
« Commandant Vasseur », dit-il.
Adrien se retourna, surpris.
« Hugo ? »
Le directeur avança dans l’allée, le teint cireux.
Camille le vit approcher, mais ne lui adressa aucun signe.
Elle ne voulait pas être sauvée.
Pas encore.
« Je vous propose de discuter à l’avant », dit Hugo.
Adrien eut un rire bref.
« Je suis en train de gérer une passagère difficile.
»
« Non », répondit Hugo.
« Vous êtes en train de gérer très mal une situation très simple.
»
Un silence net suivit cette phrase.
Adrien plissa les yeux.
Il n’aimait pas être repris.
Encore moins devant Solène.
Encore moins par un directeur qu’il considérait comme un gestionnaire de bureaux, loin des vraies responsabilités du ciel.
« Faites attention à ce que vous dites », murmura-t-il.
Hugo ne répondit pas.
Son regard glissa vers Camille.
Elle posa son livre sur ses genoux, ouvrit son sac en toile et en sortit une enveloppe beige.
Une enveloppe ordinaire, légèrement pliée, sans logo.
Le geste fit pâlir Hugo davantage.
Adrien le remarqua.
Solène aussi.
« Qu’est-ce que c’est encore ? » demanda-t-elle.
Camille posa l’enveloppe sur sa tablette fermée.
« Une raison de vérifier les faits avant de donner des ordres.
»
Adrien serra la mâchoire.
« Mademoiselle, je ne sais pas quel genre de cliente vous pensez être, mais vous n’intimiderez personne avec une enveloppe.
»
Camille soutint son regard.
« Je ne cherche pas à intimider.
J’observe.
»
« Vous observez quoi ?