»
« La manière dont vous traitez les gens quand vous croyez qu’ils ne peuvent rien contre vous.
»
Cette fois, le silence ne venait plus seulement de la curiosité des passagers.
Il venait d’une reconnaissance diffuse.
Une hôtesse au fond de la cabine avait baissé les yeux.
Un agent au sol, encore près de la porte, s’était immobilisé.
Malik fixait le sol avec une expression douloureuse.
Adrien sentit que quelque chose lui échappait.
Il regarda Hugo.
« Qui est-elle ? »
Hugo ne voulait pas répondre.
Son hésitation répondit pour lui.
Camille ouvrit l’enveloppe.
À l’intérieur, il y avait trois feuilles, une clé USB noire et une petite photo ancienne.
Elle ne sortit pas la photo tout de suite.
Elle prit seulement la première feuille.
« Je m’appelle Camille Dervaux.
»
Solène fronça les sourcils.
Le nom mit une seconde à atteindre ceux qui l’avaient déjà lu dans un article économique, en bas d’une note interne, dans un communiqué signé par la holding Dervaux Patrimoine.
Puis les visages changèrent.
Un passager murmura :
« La reprise d’Aurora… »
Hugo ferma les yeux une fraction de seconde.
Adrien resta immobile.
« Vous êtes… »
« La propriétaire majoritaire de cette compagnie », dit Camille.
« De cet avion.
De cette ligne.
Et, indirectement, de votre contrat.
»
Le rouge quitta le visage d’Adrien si vite qu’il sembla vieillir en quelques secondes.
Solène porta une main à sa broche.
« C’est impossible.
»
Camille tourna vers elle un regard calme.
« C’est souvent ce que les gens disent quand la personne qu’ils ont méprisée devient soudain réelle.
»
Adrien tenta de reprendre contenance.
Son uniforme, ses galons, sa posture, tout ce qui lui avait servi de rempart pendant des années paraissait maintenant trop rigide.
« Madame Dervaux », dit-il, avec une politesse apparue trop tard, « je vous présente mes excuses pour le malentendu.
Il y a eu une confusion concernant les priorités de cabine.
»
« Non.
»
Le mot était bas.
Mais il arrêta tout.
Camille posa la feuille sur ses genoux.
« Une confusion, c’est prendre une mauvaise porte.
Une confusion, c’est lire trop vite un numéro de siège.
Ce que vous avez fait, c’est utiliser votre fonction pour déplacer une passagère sans motif valable, parce qu’elle ne correspondait pas à l’image que vous aviez du privilège.
»
Personne ne bougea.
« Et ce matin », continua-t-elle, « ce n’est que la partie visible.
»
Adrien regarda l’enveloppe.
Pour la première fois, la peur dans ses yeux fut claire.
« Que contient ce dossier ? »
Camille ne répondit pas immédiatement.
Elle observa Malik, puis l’hôtesse du fond, puis l’agent au sol.
Elle savait que les preuves ne vivent pas seulement dans les documents.
Elles vivent dans les épaules qui se relâchent quand le danger recule.
« Dix-sept témoignages », dit-elle.
« Trois rapports internes modifiés.
Deux signalements classés sans suite par complaisance.
Et un enregistrement transmis hier soir.
»
Hugo se tourna brusquement vers elle.
« Hier soir ? »
Camille acquiesça.
« Oui.
Après mon arrivée à Paris.
»
Adrien recula d’un demi-pas.
Solène posa sa main sur son bras, mais il la retira sans même s’en rendre compte.
« C’est absurde », dit-il.
« Des employés frustrés inventent n’importe quoi.
Dans ce métier, il faut