a fourni l’attestation ? »
Il ne répondit pas.
Viviane intervint.
« J’ai préparé une partie du dossier. »
« Une partie ? »
« Oui. »
« Avec l’aide de qui ? »
Silence.
Puis le directeur financier, jusque-là presque immobile, se leva.
« Je dois dire quelque chose. »
Viviane tourna vers lui un regard meurtrier.
Il continua malgré tout.
« Madame Beaumont m’a demandé en février de préparer plusieurs états internes en excluant les mentions de la fiducie.
Elle disait que c’était uniquement pour simplifier une présentation bancaire. »
« Vous l’avez fait ? » demanda Nadia.
« Oui.
Mais j’ai conservé les versions originales et les courriels. »
Viviane se leva brusquement.
« Cette réunion est terminée. »
« Non », dis-je.
Elle se tourna vers moi.
« Assieds-toi. »
Je n’avais jamais donné d’ordre à Viviane de ma vie.
À ma surprise, elle obéit.
L’auditeur demanda les courriels.
Ils montrèrent progressivement ce qui s’était passé.
Victor avait besoin de liquidités pour empêcher la saisie d’un programme immobilier déjà en difficulté.
Viviane avait convaincu mon père de signer plusieurs autorisations en lui présentant le financement comme une extension de crédit destinée aux travaux de l’hôtel.
En parallèle, elle avait demandé au directeur financier de produire des versions simplifiées des états patrimoniaux.
Le plan reposait sur une hypothèse : personne ne vérifierait la structure exacte de propriété avant plusieurs mois.
Puis j’avais activé mon contrôle.
La banque avait vérifié.
Tout s’était effondré en moins de trois heures.
Mon père resta silencieux pendant toute la lecture des courriels.
À la fin, il retira son alliance et la posa devant lui.
Viviane le regarda.
« Gabriel… »
« Tu m’as utilisé. »
« J’ai essayé de sauver mon fils. »
Pour la première fois, sa voix trembla réellement.
« Tu ne comprends pas ce que c’est de voir son enfant sur le point de tout perdre. »
Je la regardai longtemps.
Cette phrase rendait son geste plus compréhensible, mais pas acceptable.
« Alors tu aurais pu lui donner ton argent », répondis-je.
« Pas celui de ma mère. »
Viviane ferma les yeux.
Personne ne parla pendant plusieurs secondes.
Le conseil vota ensuite la suspension immédiate de mon père de ses fonctions exécutives jusqu’à la fin de l’audit.
Ce fut moi qui proposai qu’il conserve un rôle consultatif sans pouvoir de signature.
Je ne voulais pas le détruire.
Je voulais que le pouvoir cesse d’exister sans responsabilité.
Concernant Viviane et Victor, Nadia informa la banque que nous coopérerions intégralement.
La garantie immobilière fut déclarée invalide.
Le prêt, lui, restait une affaire entre la banque et les personnes ayant obtenu les fonds.
Les semaines suivantes furent difficiles.
La nouvelle circula dans les milieux financiers avant d’atteindre la presse locale.
Nous publiâmes un communiqué très court, confirmant un changement de gouvernance et un audit interne.
Les salaires furent payés.
Les fournisseurs également.
Aucun employé ne perdit son poste.
Victor dut vendre plusieurs actifs personnels.
Une procédure fut ouverte concernant les déclarations transmises à la banque.
Viviane quitta la Maison Beaumont peu après.
Mon père emménagea dans un petit appartement en ville.
Pendant deux mois, nous nous parlâmes à peine.
Puis un matin de novembre, il se présenta à l’hôtel sans chauffeur, sans costume, avec une boîte en carton sous le bras.