arrière.
Puis, avant de partir, elle lança une phrase qui me hanta toute la nuit.
« Alors demande-lui ce qui s’est passé en 2011. »
L’ascenseur arriva.
« Viviane », dit mon père.
Mais elle continua.
« Demande-lui pourquoi Claire a créé cette fiducie bien avant sa maladie. »
Les portes se refermèrent sur elle.
Mon père et moi restâmes seuls dans le couloir.
« Entre », dis-je.
Il me suivit jusqu’au salon.
Pendant longtemps, il ne parla pas.
Enfin, il s’assit au bord du canapé.
« En 2011, l’hôtel allait faire faillite », commença-t-il.
Je fronçai les sourcils.
Je savais que cette période avait été difficile, mais pas à ce point.
« À cause de la crise ? »
« En partie.
Mais surtout parce que j’avais fait un mauvais investissement. »
Il joignit les mains.
« J’avais engagé presque toutes nos liquidités dans un projet touristique près de Genève.
Je pensais pouvoir doubler notre capital.
Le promoteur a disparu avec une partie des fonds. »
« Maman savait ? »
« Après coup. »
Je sentis une colère ancienne apparaître pour une raison nouvelle.
« Combien ? »
« Quatre millions six cent mille. »
Je restai sans voix.
« Elle a sauvé l’hôtel ? »
Il hocha la tête.
« Elle a vendu des parts qu’elle détenait dans l’entreprise de son père.
Elle a remboursé les urgences, restructuré les dettes et créé la fiducie. »
« Pour m’empêcher de perdre l’hôtel à cause de toi. »
Il ne protesta pas.
« Oui. »
La réponse me fit plus mal que tout le reste.
Pendant des années, j’avais cru que la fiducie était une simple décision prudente face à la maladie.
En réalité, ma mère avait déjà appris qu’aimer quelqu’un ne signifiait pas lui donner un accès illimité à ce que l’on voulait protéger.
Le lendemain matin, à neuf heures, la salle du conseil était pleine.
Nadia s’assit à ma droite.
Le directeur financier, deux administrateurs indépendants et l’auditeur externe étaient présents.
Mon père prit place en face de moi.
Viviane arriva à 9 h 17.
Seule.
« Où sont les documents ? » demandai-je.
Elle posa son sac sur la table.
« Victor les apporte. »
Nadia leva les yeux.
« Victor n’a aucune fonction dans l’entreprise.
Il n’aurait jamais dû avoir ces documents. »
Viviane ne répondit pas.
À 9 h 29, Victor entra.
Il avait le visage fermé et portait un sac d’ordinateur.
« Ça suffit, cette comédie », dit-il avant même de s’asseoir.
« Le prêt devait être remboursé après la vente du projet Rivage. »
« Quel projet Rivage ? » demanda l’auditeur.
Victor regarda sa mère.
Mauvais réflexe.
Nadia le remarqua aussi.
« Monsieur Lemaire, avez-vous reçu les neuf millions ? » demanda-t-elle.
« Six seulement. »
Le directeur financier pâlit.
« Six millions ont déjà été décaissés ? »
« Oui. »
« Sur quelle base ? »
Victor haussa les épaules.
« Demandez à la banque. »
Nadia poussa un document vers lui.
« La banque nous a répondu ce matin.
Elle dit avoir reçu une attestation affirmant que la Maison Beaumont détenait directement le domaine immobilier. »
Personne ne parla.
« Cette affirmation est fausse », poursuivit-elle.
Mon père regardait la table.
Je me tournai vers Victor.
« Qui