protéger cette enfant, mais tu vas faire exactement l’inverse. »
Marc prit la clé des mains d’Émilie et la rangea dans sa poche.
« Où est Claire ? »
Sophie serra la mâchoire.
« Chez elle, probablement. »
« Probablement ? »
« Je ne lui ai rien fait. »
Encore une réponse soigneusement limitée.
La police arriva trois minutes plus tard.
Deux véhicules bloquèrent la sortie du parking.
Les agents séparèrent immédiatement Sophie, Marc et Émilie.
Émilie refusa de lâcher la main de Marc.
Lorsqu’une policière lui demanda s’il était son père, Marc sentit sa gorge se fermer.
Il regarda la lettre.
Puis Émilie.
« Je viens seulement d’apprendre que… peut-être. »
La policière parut surprise mais ne posa pas davantage de questions.
Une patrouille fut envoyée au domicile de Claire.
L’attente dura vingt-deux minutes.
Marc les compta toutes.
Puis le téléphone d’un des agents sonna.
Son expression changea.
Claire n’était pas chez elle.
La porte arrière avait été forcée.
Une tasse de thé était encore sur la table.
Son sac à main, ses papiers et son téléphone étaient restés dans la maison.
Mais il n’y avait aucune trace de lutte importante.
Sophie fut placée en garde à vue pour vérification de l’autorisation scolaire et tentative potentielle de soustraction d’enfant.
Elle continua d’affirmer qu’elle voulait seulement protéger Émilie.
Marc, lui, remit la lettre et la clé aux enquêteurs.
La clé portait un numéro presque effacé : 214.
Quelques heures plus tard, la police découvrit qu’elle appartenait à un casier loué dans une ancienne gare transformée en consigne privée, à quarante kilomètres du relais.
Le casier numéro 214 fut ouvert sur ordre du procureur.
À l’intérieur, les enquêteurs trouvèrent un sac étanche.
Il contenait deux disques durs, plusieurs carnets comptables et une enveloppe adressée à un avocat.
Mais ce fut un petit dictaphone qui changea tout.
La batterie était morte, mais les techniciens réussirent à récupérer les fichiers.
Le dernier enregistrement remontait à huit ans.
On entendait Julien parler avec Sophie dans son bureau.
Sa voix était calme au début.
Il l’accusait de détourner de l’argent par l’intermédiaire de fournisseurs fantômes.
Sophie niait.
Puis Julien disait qu’il remettrait les preuves à la police le lendemain matin.
La voix de Sophie devenait plus dure.
« Si tu fais ça, tout s’écroule. »
« C’est ton problème. »
« Ce sera aussi celui de Claire.
Et celui de ton frère. »
« Ne les mêle pas à ça. »
Un long silence suivait.
Puis Sophie disait :
« Tu ne me laisses pas le choix. »
L’enregistrement s’arrêtait là.
Ce n’était pas une preuve directe de meurtre.
Mais c’était assez pour rouvrir l’enquête sur la mort de Julien.
Les experts examinèrent alors le véhicule accidenté, conservé dans un dépôt judiciaire après une procédure d’assurance jamais totalement clôturée.
Ils trouvèrent une anomalie négligée lors de l’enquête initiale.
Une durite du système de freinage avait été sectionnée proprement avant l’accident.
Sophie fut de nouveau interrogée.
Cette fois, elle demanda un avocat.
Pendant ce temps, Claire restait introuvable.
Marc passa la nuit dans un commissariat avec Émilie, assise contre lui sous une couverture grise.
Il n’arrivait pas encore à comprendre ce que signifiait être son père.
Il ne savait même pas si un test confirmerait la lettre.
Mais chaque fois qu’Émilie ouvrait les yeux, elle