» lui ai-je demandé.
Elle a haussé les épaules.
« Oui.
Contente que tu sois là. »
Mais ses yeux disaient autre chose.
On m’a montré ma chambre.
L’ancienne buanderie du rez-de-chaussée.
On avait retiré la machine à laver pour la mettre dans le garage, installé un lit étroit contre le mur et poussé quelques cartons sous une étagère.
Une petite fenêtre donnait sur le côté de la maison, directement sur les poubelles et le mur du voisin.
« Ce n’est que provisoire », a dit Solène.
« Dès qu’on aura trié le bureau, tu auras mieux. »
Je lui ai souri.
« C’est très bien. »
Je le pensais presque.
La première semaine, j’ai été heureuse.
Vraiment.
Je me levais avant tout le monde, je préparais le café, je coupais les fruits, je mettais les bols sur la table.
Malo aimait ses tartines sans croûte.
Robin voulait toujours le bol rouge.
Léa prétendait ne pas avoir faim, mais je lui glissais une brioche dans son sac et elle me remerciait d’un regard.
J’allais chercher les garçons à l’école, je les aidais à apprendre leurs poésies, je recousais les genoux de leurs pantalons.
Le soir, je cuisinais.
Blanquette, soupe de potiron, poulet au citron, gratins.
Adrien rentrait parfois assez tôt pour embrasser les enfants.
Solène m’appelait son ange gardien.
« Je ne sais pas comment on faisait avant toi », disait-elle.
Cette phrase me réchauffait.
Puis elle a commencé à peser.
La deuxième semaine, Adrien et Solène ont annoncé un déplacement professionnel à La Rochelle.
Deux jours, peut-être trois.
« Les enfants seront plus tranquilles avec toi », a dit Adrien.
Ils sont revenus quatre jours plus tard, bronzés malgré le ciel gris, avec un sac de macarons et une fatigue joyeuse qui ne ressemblait pas à celle des réunions.
La troisième semaine, ils sont partis à Paris.
La quatrième, à Toulouse.
Ensuite, je n’ai plus compté.
Les valises sont restées dans l’entrée comme deux animaux domestiques.
Une noire pour Adrien, une beige pour Solène.
Elles n’étaient jamais complètement rangées.
Un chargeur dépassait d’une poche.
Une trousse de toilette attendait dessus.
Des étiquettes d’hôtel pendaient parfois aux poignées, arrachées trop tard.
Pendant ce temps, je devenais la mécanique invisible de la maison.
Je lavais les draps, je pliais les chemises, je vidais le lave-vaisselle, je conduisais Léa au lycée quand il pleuvait, je signais les cahiers des garçons quand leurs parents oubliaient.
Je dormais mal dans ma petite pièce, réveillée par la chaudière et les notifications du téléphone de Solène qui vibrait parfois dans la cuisine.
Un matin, j’ai demandé à Adrien quand je pourrais récupérer l’argent de mes meubles.
Il a froncé les sourcils comme si je venais de prononcer une grossièreté.
« C’est sur le compte de gestion, maman.
Ne t’inquiète pas. »
« J’aimerais voir le relevé. »
« Tu ne me fais pas confiance ? »
La question m’a serré la gorge.
« Bien sûr que si. »
Il m’a souri avec soulagement, mais ce sourire n’a pas atteint ses yeux.
Les premiers soupçons sont venus par petits morceaux.
Un ticket de parking d’un hôtel de luxe à Biarritz retrouvé dans la poche d’un pantalon.
Une crème solaire neuve dans la salle de bain en plein hiver.
Un message aperçu sur l’écran de Solène : Vivement