à sa bouche.
Élise, elle, ne bougea pas.
La honte qu’ils avaient voulu lui imposer changea de camp dans un silence presque parfait.
« Tu as essayé de me faire perdre mon poste avant même que je l’obtienne », dit-elle.
Marc ferma les yeux.
« Je voulais seulement qu’ils comprennent que tu n’étais pas prête. »
« Pas prête à quoi ? »
Il rouvrit les yeux, et pour la première fois, sa voix se brisa.
« À devenir plus importante que moi. »
La phrase resta suspendue dans l’air.
Elle était minable.
Elle était triste.
Elle était vraie.
Élise sentit une douleur profonde, mais elle ne ressemblait plus à celle du matin.
C’était le deuil d’une illusion.
Elle ne perdait pas Marc à cet instant.
Elle comprenait qu’elle l’avait perdu depuis longtemps, peut-être dès le jour où il avait commencé à confondre son amour avec un compte bancaire ouvert.
Maître Derval prit la parole.
« Madame Moreau, je vous conseille de partir maintenant avec vos documents personnels.
Nous organiserons la suite légalement. »
Marc se redressa.
« Tu ne vas pas partir.
Pas comme ça. »
Élise le regarda.
« Regarde-moi bien, Marc.
Tu as laissé ta mère me raser pendant mon sommeil.
Tu as préparé un dossier pour salir mon nom.
Tu as voulu utiliser la maladie de ma mère contre moi.
Ce mariage n’a pas été détruit par ma promotion.
Il a été révélé par elle. »
Solange murmura :
« Tu vas regretter. »
Élise se tourna vers elle.
« Non.
Pendant des années, j’ai regretté avant même d’agir.
J’ai regretté de rentrer tard, de réussir, de gagner plus, de ne pas être assez douce, assez présente, assez petite.
Aujourd’hui, je ne regrette rien. »
Elle monta à l’étage avec Claire et Maître Derval.
Dans la chambre, elle prit une valise.
Pas la grande, celle des vacances rêvées avec Marc.
Une plus petite, noire, solide.
Elle y plaça quelques vêtements, ses papiers, les bijoux de sa mère, son ordinateur, un carnet, et une photo ancienne où elle avait dix ans, assise sur les genoux de sa mère dans un jardin d’été.
Avant de fermer la valise, elle passa devant le miroir.
Son crâne nu portait encore des rougeurs.
Ses yeux étaient fatigués.
Mais elle ne détourna pas le regard.
Claire la rejoignit dans l’encadrement de la porte.
« Vous n’êtes pas obligée de venir au bureau aujourd’hui. »
Élise toucha le foulard noué autour de son poignet.
« Si.
Pas toute la journée.
Mais je veux y aller.
Je veux qu’ils me voient entrer. »
Claire hocha la tête.
En bas, Marc était silencieux.
La colère l’avait quitté, remplacée par cette expression des hommes qui découvrent trop tard que la personne qu’ils méprisaient tenait les murs debout.
Quand Élise passa devant lui avec sa valise, il murmura :
« Je suis désolé. »
Elle s’arrêta.
Pendant une seconde, la vieille habitude revint.
Celle de chercher l’homme qu’elle avait aimé sous les couches de jalousie, de faiblesse et de mensonges.
Celle de se demander s’il souffrait assez pour mériter une chance.
Celle de réparer avant même qu’on lui demande pardon correctement.
Puis elle regarda le rasoir posé sur la commode, visible depuis le couloir.
« Tu es désolé parce que j’ai découvert la vérité », dit-elle.
«