qui vous parlez. »
« Non.
Justement.
Je commence enfin à m’en souvenir. »
Ma voix ne tremblait plus.
C’était presque étrange.
Une partie de moi avait l’impression de regarder la scène de loin.
Une femme debout dans une salle à manger grise, face à son mari, sa belle-mère et sa propre mère qui tenait encore son manteau fermé comme une armure.
La sonnette a retenti.
Un coup long.
Tout le monde s’est tourné vers la porte.
Julien est devenu livide.
Odile a serré son sac contre elle.
« Tu attendais quelqu’un ? » m’a demandé ma mère.
« Non. »
La sonnette a retenti de nouveau.
Je suis allée dans l’entrée.
À travers la vitre floutée, j’ai distingué la silhouette d’un homme en costume sombre tenant une enveloppe rigide.
Pendant une seconde, j’ai cru à un huissier, et mon estomac s’est noué.
J’ai ouvert.
L’homme m’a saluée poliment.
« Madame Laurent ? »
« Oui. »
« Maître Delcourt m’envoie.
Je suis son clerc.
Il m’a demandé de vous remettre ceci en main propre après l’appel de votre mère ce matin.
Il m’a également demandé de vous dire qu’il vous recevra demain à neuf heures, si vous le souhaitez. »
Il m’a tendu l’enveloppe.
Je l’ai prise sans comprendre.
« Merci. »
Il a incliné la tête et s’est éloigné sous la pluie.
Quand je suis revenue dans la salle à manger, Julien avait reculé jusqu’au mur.
Odile regardait l’enveloppe comme si elle contenait une condamnation.
« Qu’est-ce que c’est ? » a demandé Julien.
Je n’ai pas répondu.
J’ai ouvert l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvait une note du notaire de mon père et plusieurs photocopies.
La note était brève.
Elle confirmait que mon père avait rédigé, deux ans avant sa mort, une déclaration jointe à mon dossier patrimonial.
Il y exprimait son souhait que les biens transmis à sa fille demeurent protégés de toute pression conjugale ou familiale extérieure.
Il demandait également que le notaire me prévienne si un document lié à la maison semblait contraire à mes intérêts.
Mon père, même mort, venait encore de poser une main sur mon épaule.
Mes yeux se sont brouillés.
Pas à cause de Julien.
Pas à cause d’Odile.
À cause de l’amour silencieux de mon père, caché dans des précautions que je n’avais jamais vues.
Ma mère s’est approchée.
« Il avait peur que tu donnes trop », a-t-elle murmuré.
Je n’ai pas pu parler.
Julien, lui, a trouvé sa voix.
« Camille, on peut réparer ça. »
Je l’ai regardé.
Il pleurait presque.
Mais je ne voyais pas le regret d’avoir trahi.
Je voyais la peur des conséquences.
« Tu aurais pu me dire que tu avais des dettes », ai-je dit.
« Tu aurais pu me dire que tu avais honte, que tu avais peur.
J’aurais crié, sûrement.
J’aurais été blessée.
Mais j’aurais cherché une solution. »
Il a fait un pas vers moi.
« Alors cherchons-en une. »
J’ai secoué la tête.
« Non.
Parce que tu n’as pas cherché mon aide.
Tu as cherché ma faiblesse. »
Odile a frappé la table du plat de la main.
« Assez ! Mon fils a fait une erreur, mais vous êtes en train de l’humilier.
Une épouse digne ne détruit pas son mari devant sa mère. »
Ma