fait plus mal que les mots d’Odile, parce qu’il ne venait pas d’une inconnue.
Il venait de l’homme qui dormait à côté de moi depuis cinq ans.
L’homme qui m’avait juré, devant mon père encore vivant, qu’il me protégerait de tout ce qui pourrait me blesser.
Odile a continué, plus forte.
« Cette maison devient invivable.
Je n’y reconnais plus mon fils.
Il est tendu, malheureux, surveillé.
Et tout a commencé quand vous avez recommencé à apparaître ici avec vos dossiers et vos conseils. »
Ma mère s’est levée lentement.
« Je vais partir, Camille. »
Sa voix était calme, mais j’ai vu sa main trembler sur la poignée de son sac.
Ce tremblement m’a transpercée.
J’avais supporté beaucoup de choses.
Les remarques sur mon salaire.
Les soupirs quand je refusais d’avoir un enfant tout de suite.
Les allusions d’Odile sur les femmes qui préfèrent leur carrière à leur mari.
Les repas où elle racontait devant les invités que Julien avait « épousé une fille indépendante, parfois un peu trop ».
Les fois où elle avait changé la disposition de ma cuisine pendant mon absence.
Les fois où elle avait dit que ma mère « avait une influence triste » sur moi.
J’avais tout minimisé.
Pas aujourd’hui.
Odile a fait un pas vers ma mère.
« Oui, partez.
Et je vais être très claire : si vous remettez un pied ici, je m’arrangerai pour que vous ne passiez même pas le portail. »
Le temps s’est contracté.
La pluie, l’horloge, la tasse de Julien, la respiration de ma mère, tout s’est réduit à une ligne brûlante dans ma poitrine.
J’ai repoussé ma chaise.
Le bruit a claqué contre les murs.
« Alors c’est vous qui allez sortir », ai-je dit.
« Maintenant. »
Odile a cligné des yeux, comme si elle ne comprenait pas ma langue.
« Pardon ? »
« Vous avez entendu.
Vous ne menacez pas ma mère dans ma maison. »
Elle s’est tournée vers Julien.
« Tu la laisses me parler ainsi ? »
Julien a enfin bougé.
Il a posé sa tasse sur le rebord de la fenêtre.
Ses yeux sont allés de sa mère à moi, puis de moi à ma mère.
Pendant une seconde, j’ai cru voir de la honte sur son visage.
Puis il a dit :
« Marianne, je pense que tu devrais partir. »
Je n’ai pas compris tout de suite.
Les mots étaient simples, mais leur violence était lente.
Ils ont traversé la pièce, puis ma peau, puis quelque chose de profond en moi.
« Quoi ? » ai-je demandé.
Julien a évité mon regard.
« Ça dégénère.
Maman est chez nous.
Ta mère crée des tensions. »
Chez nous.
Odile a fermé les yeux une demi-seconde, comme si elle venait de gagner une bataille qu’elle préparait depuis longtemps.
Ma mère n’a pas pleuré.
Elle a simplement ramassé la chemise cartonnée et l’a serrée contre elle.
« Camille, je peux partir », a-t-elle murmuré.
« Non. »
Le mot est sorti plus fort que prévu.
Julien m’a regardée.
« Ne complique pas tout. »
Je me suis tournée vers lui.
« C’est moi qui complique tout ? »
Odile a repris son ton supérieur.
« Ce que mon fils essaie de dire, c’est que tu dois apprendre à mettre