alors ? » demanda Camille.
Maître Delorme resta silencieuse un instant.
« Nous pensons qu’il croyait qu’en devenant votre tuteur, il réussirait à accéder progressivement aux fonds. »
Camille regarda Léo endormi.
Une petite perfusion était fixée à son bras.
« Donc il ne voulait pas de nous. »
L’assistante sociale intervint doucement.
« Les motivations des adultes sont parfois compliquées.
Ce qui compte maintenant, c’est que vous soyez en sécurité. »
Mais Camille ne voulait pas d’une phrase compliquée.
Elle voulait la vérité.
« Est-ce qu’il voulait l’argent ? »
Maître Delorme répondit cette fois clairement.
« Oui.
Je crois que l’argent a joué un rôle très important. »
Le soir même, Marc fut entendu par la police.
Il ne fut pas immédiatement emprisonné.
Les affaires financières prennent rarement la forme simple que les enfants imaginent.
Il y eut des documents à vérifier, des autorisations à examiner, des transferts à retracer.
Mais une chose changea immédiatement : les trois enfants ne retournèrent pas chez lui.
Leur grand-mère maternelle, Jeanne, arriva de Toulouse dès le lendemain matin.
Camille ne l’avait pas vue depuis l’enterrement.
Marc avait expliqué qu’elle était trop fragile pour s’occuper de trois enfants.
Jeanne entra dans la chambre d’hôpital en boitant légèrement, posa son sac par terre et ouvrit les bras.
Camille resta immobile.
« Mamie ? »
Jeanne hocha la tête.
« Je suis là. »
Camille fit trois pas.
Puis toute la force qu’elle avait utilisée pendant quatre mois disparut.
Elle se jeta contre elle.
« Pourquoi tu n’es pas venue ? »
Jeanne la serra plus fort.
« J’ai essayé. »
Camille recula.
« Marc disait que tu étais malade. »
« J’ai de l’arthrose, pas une maladie qui m’empêche d’utiliser un téléphone. »
Jeanne essuya ses joues.
« Il disait que tu avais besoin de stabilité.
Il disait aussi que tu ne voulais pas me parler parce que je te rappelais ta mère. »
Camille sentit une nouvelle pièce du puzzle tomber en place.
Toutes les fois où Marc avait dit : ta grand-mère se repose.
Elle appellera plus tard.
Ce n’est pas le bon moment.
Camille n’avait jamais refusé un seul appel.
Pendant les semaines suivantes, une mesure de placement provisoire permit à Jeanne d’accueillir Camille et les jumeaux avec le soutien de services sociaux et d’une aide à domicile.
La maison de Jeanne n’était pas grande.
Elle n’avait pas de jardin immense ni de terrasse neuve.
Mais dans le placard de la cuisine se trouvaient quatre boîtes de lait infantile alignées sur une étagère.
La première nuit, Camille les regarda pendant presque une minute.
Jeanne le remarqua.
« On peut en acheter d’autres lorsqu’elles seront vides », dit-elle.
Camille toucha l’une des boîtes.
« Même si on utilise une mesure de plus ? »
Jeanne fronça les sourcils.
« On utilise ce que le médecin recommande.
Et si les bébés ont encore faim, on appelle le médecin.
Mais personne ne sera puni parce qu’un bébé a besoin de manger. »
Camille hocha la tête.
Elle ne répondit rien.
Plus tard, Jeanne la trouva assise sur son lit, tenant la vieille montre de son père.
Maître Delorme l’avait récupérée dans la maison de Marc avec les autres effets personnels des enfants.
« Elle ne marche plus », dit Camille.
« On peut