dit que tu étais d’accord. »
Camille avait regardé son père.
Gérard n’avait pas soutenu son regard.
« Papa n’avait aucune raison de te dire ça. »
« Mais tu vis seule », avait répondu Manon.
« Tu n’utilises même pas toutes les chambres. »
Camille avait presque ri.
« Ce n’est pas ainsi que fonctionne la propriété. »
Quelques invités avaient commencé à regarder leurs assiettes.
D’autres avaient sorti leur téléphone.
Gérard avait posé le micro.
« Viens avec moi », avait-il murmuré entre ses dents.
« Non. »
« Ne fais pas ça ici. »
« C’est toi qui l’as fait ici. »
C’est à ce moment-là qu’Hélène avait traversé la piste de danse.
Elle s’était penchée près de sa fille, le visage tendu sous son maquillage impeccable.
« Tu vas donner ces clés à ta sœur et sourire pour la photo. »
« Non. »
« Nous t’avons offert toutes les opportunités que tu as eues. »
« Et je vous en ai remerciés.
Cela ne vous donne pas ma maison. »
« Tu es incapable de faire un sacrifice pour quelqu’un d’autre. »
Camille avait senti une vieille douleur familière remonter en elle.
Depuis l’enfance, Manon était celle qu’il fallait protéger.
Manon était sensible.
Manon avait besoin d’aide.
Manon avait choisi un métier moins rémunérateur.
Manon avait eu une rupture difficile.
Manon méritait qu’on lui laisse la plus grande chambre, qu’on lui prête la voiture, qu’on modifie les vacances.
Camille, elle, était supposée être solide.
La solidité était devenue une dette qu’elle devait payer à vie.
« Les clés », avait répété Hélène.
« Non. »
Alors sa mère l’avait giflée.
Maintenant, dans le silence qui suivait, Camille regarda la main toujours tendue devant elle.
Elle se pencha, récupéra sa boucle d’oreille près du pied de Manon et la glissa dans son sac.
Son oreille saignait légèrement.
Manon ne dit rien.
Adrien non plus.
Camille se releva.
« Tu n’aurais pas dû faire ça devant autant de témoins. »
Gérard laissa échapper un rire bref et nerveux.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Rien. »
Camille prit son manteau sur le dossier de sa chaise.
Hélène lui attrapa le poignet.
« Tu ne vas nulle part. »
Camille baissa les yeux sur les doigts de sa mère.
« Lâche-moi. »
Quelque chose dans sa voix convainquit Hélène.
Elle retira sa main.
Camille traversa la salle.
Elle entendit derrière elle son père demander au quatuor de reprendre.
Quelques secondes plus tard, la musique recommença maladroitement.
Ils croyaient peut-être que le simple fait de remettre de la musique suffirait à effacer ce qui venait de se passer.
Dehors, une pluie froide tombait sur le parc du château.
Camille s’abrita sous le porche, posa deux doigts sur sa joue puis regarda le sang sur sa main.
Elle aurait pu appeler la police.
Elle aurait pu commander un taxi et rentrer chez elle.
À la place, elle chercha un nom qu’elle n’avait pas utilisé depuis vingt-deux mois.
Étienne Valcourt.
Le notaire répondit après trois sonneries.
« Valcourt. »
« Maître, c’est Camille Renaud. »
Il y eut un silence immédiat.
« Camille ? Que se passe-t-il ? »
Elle regarda les fenêtres illuminées du château.
« Mes parents viennent d’annoncer devant toute la réception qu’ils donnaient ma maison