belle d’une beauté coûteuse, précise, presque fragile à force d’être contrôlée.
Sa robe vert pâle tombait parfaitement sur ses épaules.
Son chignon bas ne semblait pas connaître le vent.
À son poignet, un bracelet de diamants renvoyait la lumière chaque fois qu’elle pointait quelque chose qui l’irritait.
« Ces pivoines sont trop ouvertes », lança-t-elle à la décoratrice, une femme d’une cinquantaine d’années qui tenait un carnet contre sa poitrine.
« J’avais demandé quelque chose d’élégant.
Pas un marché du dimanche.
On fête des fiançailles, pas l’anniversaire d’une institutrice.
»
La décoratrice baissa les yeux.
Je fis un pas vers elles.
« Il y a un souci avec les fleurs ? »
Éléonore se tourna vers moi.
Son regard glissa de mes cheveux attachés sans apprêt à ma robe grise, de mes chaussures confortables à mes mains nues.
Elle ne me connaissait pas encore, mais elle m’avait déjà classée.
C’est une violence discrète, ce regard-là.
Il ne crie pas.
Il range.
« Ah », dit-elle avec un sourire mince.
« Vous êtes de l’équipe de salle ? »
Avant que je puisse répondre, Diane Vasseur arriva derrière sa fille.
Elle portait une robe couleur champagne et tenait une coupe entre deux doigts comme si le cristal lui appartenait par droit de naissance.
Son parfum flottait autour d’elle, poudré et froid.
« Éléonore, ma chérie, ne commence pas à négocier avec le personnel », dit Diane sans vraiment me regarder.
« Ils exécutent.
C’est tout.
»
Je les regardai toutes les deux.
Il fut un temps où une phrase comme celle-là m’aurait serré la gorge.
Ce soir, elle me donna seulement une information.
« Je suis ici pour les fiançailles d’Adrien Delcourt », dis-je.
Le sourire d’Éléonore se crispa.
« Oh.
Vous êtes… sa mère.
»
Le mot mère sortit de sa bouche comme une tache sur une nappe blanche.
« Marianne », répondis-je.
Diane me détailla enfin.
Pas avec gêne.
Avec calcul.
« Quelle surprise.
Adrien ne nous avait pas dit que vous arriveriez par l’entrée du service.
»
« Je connais bien cette entrée.
»
« Comme c’est touchant », murmura-t-elle.
Elle leva une main vers le maître d’hôtel.
« Installez Madame Delcourt à un endroit convenable.
»
Le maître d’hôtel, Paul, me reconnut immédiatement.
Je vis la panique traverser son visage.
Il ouvrit la bouche, mais je lui adressai un regard presque imperceptible.
Pas maintenant.
Un endroit convenable signifiait une petite table ronde près de la porte des cuisines.
Pas à côté d’Adrien.
Pas avec les parents d’Éléonore.
Pas à la longue table familiale placée sous les lumières suspendues.
Je fus installée entre une stagiaire épuisée et une pile de menus de rechange.
Derrière moi, les portes battantes s’ouvraient régulièrement sur le bruit des cuisines.
Chaque fois, un courant d’air chaud et salé passait sur ma nuque.
L’insulte n’avait même pas pris la peine de se cacher.
Je me suis assise quand même.
Il y a des moments où répondre trop vite donne aux autres le luxe de transformer leur cruauté en malentendu.
Je voulais qu’ils parlent.
Je voulais qu’ils révèlent qui ils étaient sans que je leur arrache quoi que ce soit.
Alors j’ai écouté.
Un oncle d’Éléonore, ventre serré dans un smoking trop neuf, se pencha vers un invité et murmura : « Adrien s’en sort