», annonça le directeur, « j’ai l’honneur d’accueillir notre major de promotion, Nicolas Morel. »
La salle applaudit.
Nicolas monta sur scène avec quatre pages entre les mains.
Claire savait combien de temps il avait travaillé sur ce discours.
Elle l’avait entendu répéter certaines phrases derrière sa porte, tard le soir.
Il posa les feuilles sur le pupitre.
Regarda la salle.
Puis, très lentement, il les replia.
Claire sentit son estomac se nouer.
« J’avais préparé un discours sur l’avenir », commença Nicolas.
« Sur les choix, les risques et les gens que nous voulons devenir. »
Il marqua une pause.
« Mais je viens d’apprendre qu’avant de parler de demain, je dois réparer quelque chose qui s’est passé aujourd’hui. »
Le silence se fit.
Nicolas tourna la tête vers le premier rang.
« Le siège 14 était réservé à ma mère. »
Élodie cessa de bouger.
« Je ne l’avais pas choisi parce qu’elle avait besoin d’être vue.
Ma mère est probablement la personne la moins intéressée par l’idée d’être vue que je connaisse.
Je l’avais choisi parce que moi, j’avais besoin de la voir. »
Claire sentit ses doigts se refermer sur la lanière de son sac.
Nicolas continua.
Il parla des matins où elle rentrait d’une garde de nuit avec l’odeur du café de la résidence encore sur son manteau.
Des sandwichs qu’elle préparait avant de dormir.
De l’hiver où sa vieille voiture était tombée en panne et où elle avait décidé de ne pas la remplacer parce qu’il avait besoin d’un ordinateur assez puissant pour un programme scolaire avancé.
De la fois où il avait trouvé, à treize ans, une pile de factures sur la table et compris pour la première fois que les adultes pouvaient sourire tout en ayant peur.
« Elle ne m’a jamais demandé de lui rembourser quoi que ce soit », dit-il.
« Elle me disait seulement : fais quelque chose de bon avec les chances que tu reçois. »
Plusieurs personnes se retournèrent vers Claire.
Elle aurait préféré qu’elles ne le fassent pas.
Puis la voix de Nicolas changea légèrement.
« Ce matin, avant la cérémonie, la coordinatrice m’a demandé de confirmer une modification dans ma liste d’invités. »
Antoine releva la tête.
« Quelqu’un avait contacté l’école hier soir depuis l’adresse électronique de mon père.
Le message disait que j’avais décidé de donner la place de ma mère à quelqu’un d’autre. »
Élodie regarda Antoine.
Lui la regarda à son tour.
Claire sentit Sophie lui saisir le bras.
« Nicolas… » souffla-t-elle.
Sur scène, il ne criait pas.
C’était précisément ce qui rendait chaque mot plus lourd.
« Je n’ai jamais demandé cela. »
Élodie se leva brusquement.
« Antoine, c’est absurde. »
Le micro capta presque sa voix malgré la distance.
Nicolas attendit.
La coordinatrice, debout près du rideau, ne quittait pas Élodie des yeux.
« Je ne vais pas transformer ma remise de diplômes en tribunal », dit Nicolas.
« Mais je ne vais pas non plus commencer ma vie d’adulte en faisant semblant de ne pas voir ce qui se passe devant moi. »
Il regarda sa mère.
« Maman, je suis désolé que tu sois debout. »
Claire secoua immédiatement la tête.
Non.
Ce n’était pas à lui de s’excuser.
Mais Nicolas quitta le pupitre.
Il