« Elle promet depuis janvier.
Et maintenant elle laisse Claire organiser le dîner en faisant croire que c’est elle.
»
Mon cœur s’est arrêté une seconde.
Donc il savait.
Pas tout.
Mais assez.
Ma mère a murmuré : « Ne dis rien à Claire.
Elle a déjà assez à porter.
»
J’ai reculé avant qu’ils me voient.
Dans le salon, Élise prenait une photo des enveloppes alignées.
« Trop mignon », disait-elle à son téléphone.
« Préparation du grand soir.
»
Elle ne filmait pas mes mains, bien sûr.
Seulement les rubans, les fleurs séchées, son bracelet posé exprès près des cartons.
Noé a levé la tête de son dessin.
« Maman, pourquoi tante Élise prend une photo de ton travail ? »
Élise a éclaté de rire.
« Parce que ta maman et moi, on fait équipe.
Pas vrai, Claire ? »
J’ai regardé mon fils.
Ses yeux cherchaient les miens, déjà en train d’apprendre la géographie compliquée des mensonges adultes.
« Parfois, les équipes ne font pas toutes le même effort », ai-je répondu.
Élise m’a lancé un regard bref.
Tranchant.
Puis son sourire est revenu.
« Toujours aussi drôle.
»
Le mercredi avant la soirée, elle m’a proposé un café.
J’aurais dû refuser.
Elle m’a donné rendez-vous dans un endroit branché près de la place Graslin, avec des chaises trop basses et des cafés servis dans des tasses sans anse.
Quand je suis arrivée, elle était déjà installée avec son compagnon, Romain.
Romain était un homme aimable, ou qui voulait l’être.
Il portait une chemise ouverte au col, une montre trop visible, et l’air de quelqu’un qui avait répété sa décontraction devant un miroir.
« Claire ! » Élise a agité la main.
« On parlait justement de toi.
»
Je me suis assise.
« J’imagine.
»
Romain a souri.
« Élise me disait que vous aviez vraiment assuré toutes les deux pour vos parents.
C’est beau, des sœurs qui se serrent les coudes.
»
Je n’ai pas regardé Élise.
Je regardais la petite cuillère à côté de ma tasse.
Elle était tachée de mousse.
« Oui », ai-je dit.
« C’est beau quand ça arrive.
»
Élise a posé sa main sur le bras de Romain.
« Claire a toujours eu le côté administratif.
Moi, je suis plus vision globale.
»
« Vision globale », ai-je répété.
Elle a senti le danger.
Son pied a heurté le mien sous la table.
« Enfin, tu vois ce que je veux dire.
»
Romain, lui, ne voyait rien.
Il vivait encore dans la version officielle.
« Et niveau budget, c’est généreux de votre part.
Élise m’a dit qu’elle prenait une grosse partie.
»
Le café est arrivé à cet instant.
La serveuse a posé les tasses.
J’ai attendu qu’elle s’éloigne.
J’aurais pu tout dire.
Là, au milieu des tables serrées, j’aurais pu ouvrir mon téléphone, montrer le contrat, la caution, les échanges avec Madame Vasseur.
J’aurais pu regarder Romain comprendre que la femme à côté de lui construisait son image avec l’argent et le silence des autres.
Mais j’ai pensé à ma mère dans le salon Vermeil.
À mon père qui mettrait probablement sa veste sombre trop tôt parce qu’il aurait peur d’être en retard.
À quarante ans de mariage qui ne méritaient pas d’être avalés par notre