soirée.
Elle avait déjà récupéré une copie du rapport et des enregistrements auprès du Dr Sorel.
« Ne faites rien seule », me prévint-elle.
« Si votre gendre soupçonne que vous détenez quelque chose, il peut tenter de le détruire. »
« Je ne vais pas chercher chez lui. »
J’ouvris mon ordinateur.
« Je vais chercher chez ma fille. »
Lucie m’avait envoyé plusieurs courriels au cours des derniers mois à propos de l’entreprise immobilière qu’elle possédait avec Victor.
Je les avais lus comme une mère, pas comme une enquêtrice.
Cette fois, je changeai de regard.
Trois sociétés de sous-traitance revenaient régulièrement.
Les factures étaient inférieures de quelques centaines d’euros au seuil déclenchant une validation supplémentaire.
Les paiements étaient souvent autorisés après 22 heures.
Plus étrange encore, certains portaient l’identifiant numérique de Lucie à des dates où elle m’avait écrit qu’elle était malade ou incapable de sortir du lit.
« Quelqu’un pouvait utiliser son accès ? » demanda Sofia.
« Si elle était inconsciente, oui. »
Un message envoyé huit jours avant sa mort contenait une archive protégée par mot de passe.
Après plusieurs essais, je saisis le nom de la plage où son père l’emmenait enfant.
Le dossier s’ouvrit.
Lucie avait fait des captures d’écran de dizaines de factures.
Elle avait relié les trois entreprises à deux adresses postales et à un ancien associé de Victor.
Le montant total dépassait deux millions d’euros.
Dans une note, elle avait écrit : « Je pense que Victor fait sortir l’argent de la société et utilise mes identifiants pour valider une partie des virements.
Si j’ai raison, il essaiera de dire que je suis confuse. »
Sofia et moi nous sommes regardées.
La confusion de Lucie n’était pas seulement un effet secondaire.
Elle pouvait être une stratégie.
Un autre fichier contenait la photo d’une petite clé métallique portant le numéro 214.
Sous la photo, Lucie avait écrit : « La clé est là où Maman garde mes vieilles recettes. »
Je courus jusqu’à ma cuisine.
Au-dessus du réfrigérateur se trouvait une boîte en fer remplie de fiches jaunies que Lucie avait écrites adolescente : gâteaux, crêpes, recettes inventées pour rire.
Sous la dernière fiche se trouvait la clé.
Avec elle, une adresse.
Un centre de stockage situé à vingt minutes de la ville.
Sofia insista pour prévenir son équipe avant que nous nous y rendions.
Le casier 214 contenait une boîte d’archives, un ordinateur portable ancien et plusieurs enveloppes.
Pas de trésor spectaculaire.
Quelque chose de plus dangereux pour Victor : de l’ordre.
Lucie avait classé les preuves.
Une enveloppe regroupait les sociétés écrans.
Une autre contenait des impressions de conversations.
Une troisième renfermait des copies de relevés bancaires montrant que de l’argent provenant des fournisseurs finissait sur un compte contrôlé par une holding liée à Victor.
Dans le fond de la boîte, Sofia trouva un petit flacon vide.
L’étiquette avait été arrachée.
Lucie l’avait placé dans un sachet avec une note datée.
« Trouvé dans la poche intérieure du manteau de V.
Après ma crise de jeudi.
Ne pas toucher sans gants. »
La police saisit tout.
Le laboratoire confirma ensuite que le flacon avait contenu le même sédatif détecté dans les cheveux de Lucie.
Cela renforçait les soupçons, mais Sofia restait prudente.
« Posséder un médicament n’est pas encore