fais. »
Renard s’approcha.
« Madame, nous devrions partir. »
Je savais qu’il avait raison.
J’étais glacée jusqu’aux os.
Mes jambes tremblaient.
Le bébé bougeait encore, moins violemment, mais assez pour me rappeler que cette soirée n’était pas seulement une scène sociale.
C’était un risque.
Pourtant, je devais finir.
Je pris le contrat que Marc voulait me faire signer, celui qui niait presque son propre enfant, et je le posai au centre de la table.
« Je vais demander la garde principale.
Je vais demander une reconnaissance immédiate de paternité.
Je vais coopérer avec l’audit.
Et je vais m’assurer qu’aucune femme, dans aucune branche de cette entreprise, ne perde sa dignité parce qu’un Delcourt se croit intouchable. »
Éliane releva la tête.
Ses yeux étaient humides, mais sa fierté survivait encore.
« Tu vas regretter d’avoir humilié notre famille. »
Cette fois, je souris à peine.
« Éliane, vous m’avez confondue avec quelqu’un qui avait besoin de votre permission pour exister. »
Je me tournai vers le serveur, toujours près de la porte.
« Quel est votre prénom ? »
Il sursauta.
« Adam, madame. »
« Adam, je suis désolée que vous ayez dû assister à ça.
Personne ici ne vous tiendra responsable. »
Ses épaules se détendirent un peu.
Ce détail acheva de briser quelque chose chez Marc.
Peut-être parce que je venais d’offrir plus de protection à un serveur inconnu qu’il ne m’en avait offert à moi, la mère de son enfant.
Je sortis du salon privé avec la veste de Renard sur les épaules.
Dans le couloir, le bruit du restaurant reprit : verres, conversations, musique basse.
Le monde continuait, indifférent à la chute des Delcourt.
Dans l’ascenseur, Renard appuya sur le bouton du rez-de-chaussée.
« Vous voulez que j’appelle un médecin sur place ? »
« À la maison », ai-je dit.
« Je veux rentrer. »
Il hocha la tête.
Nous descendîmes en silence.
Puis mon téléphone vibra.
Un numéro inconnu.
Je ne répondis pas.
Un message apparut.
Je m’appelle Inès.
Je sais que vous avez découvert mon fils.
Marc m’a menti aussi.
Il m’a dit que vous étiez dangereuse.
S’il vous plaît, ne laissez pas les Delcourt me trouver avant que je puisse vous parler.
J’ai relu le message deux fois.
La colère que je portais depuis la salle à manger changea de forme.
Elle ne disparut pas.
Elle devint plus précise.
Marc n’avait pas seulement trahi deux femmes.
Il avait dressé nos peurs l’une contre l’autre.
Dans la voiture, sous les lumières humides de Paris, j’ai demandé à Renard de vérifier le numéro et d’envoyer une protection discrète à l’adresse d’Inès si elle acceptait.
Je ne savais pas encore si je pouvais lui faire confiance.
Mais je savais reconnaître le ton d’une femme coincée dans le mensonge d’un homme puissant.
Cette nuit-là, le médecin confirma que mon bébé allait bien.
Je m’assis ensuite seule dans la chambre, enveloppée dans un peignoir sec, les cheveux encore humides.
Sur la table de nuit, mon téléphone continuait de recevoir des alertes : suspension de Marc, réunion extraordinaire, gel des contrats Iberis, convocation d’Henri, retrait immédiat d’Éliane des événements publics d’Auréon.
À deux heures du matin, Marc appela.
Je laissai sonner.
Puis un message vocal arriva.
Sa voix n’était plus arrogante.
« Camille, rappelle-moi.
Je peux