des serveurs.
L’un d’eux montra discrètement une carte professionnelle.
La directrice devint blême.
Adrien les vit.
Pour la première fois de la soirée, il ne ressemblait plus à un homme venu imposer sa volonté.
Il ressemblait à un homme qui comptait les issues.
« Tu ne sais rien », souffla-t-il.
Élise sortit son propre téléphone et le posa face contre la table.
L’écran demeurait invisible, mais un voyant bleu clignotait.
« Je sais que l’atelier n’a pas brûlé à cause d’un court-circuit.
Je sais que le contrat d’assurance a été modifié trois jours avant.
Je sais qu’un rapport d’audit interne a disparu le même soir que Gabriel.
Et je sais que le coffre de Genève contenait ce que tu croyais détruit.
»
Inès porta une main à sa gorge.
« Adrien ? »
Il ne lui accorda pas un regard.
« Tu bluffes », dit-il à Élise.
« Peut-être.
»
Elle se tourna vers les deux hommes qui approchaient.
« Mais eux sont venus vérifier.
»
Le plus âgé des deux s’arrêta à quelques pas de la table.
« Monsieur Vasseur ? Commissaire Renaud.
Nous devons vous poser quelques questions concernant l’incendie du site d’Aubervilliers et la disparition de Monsieur Gabriel Moreau.
»
Un frisson parcourut la salle.
Personne ne parla.
Même les plus puissants savent reconnaître le moment où l’argent cesse de protéger un homme.
Adrien éclata d’un rire sec.
« Dans un restaurant ? Vous êtes sérieux ? »
« Nous vous avons attendu à votre domicile », répondit le commissaire.
« Vous n’y étiez pas.
Votre avocat non plus.
»
Adrien se tourna vers Élise.
« C’est toi qui as organisé ça.
»
« Non », dit-elle.
« C’est Gabriel.
»
Le nom tomba entre eux avec un poids terrible.
Le commissaire sortit une enveloppe transparente contenant une copie de documents.
Les originaux, Élise le savait, étaient déjà entre les mains du parquet financier.
Elle n’avait pas tout vu.
Pas encore.
Mais assez.
Trois jours plus tôt, quand elle avait ouvert le porte-documents d’Adrien, elle avait trouvé la clé, une carte à puce dissimulée dans la couture, et une feuille pliée en quatre avec l’écriture de Gabriel.
Rien qu’une phrase.
Éli, quand tu trouveras ça, ne va pas seule à la banque.
Va voir Maître Naceri.
Et ne préviens pas Adrien.
Elle avait obéi.
Maître Naceri, notaire à la retraite et vieil ami de son père, avait blêmi en voyant la clé.
« Votre frère avait préparé un dépôt conditionnel », lui avait-il expliqué.
« Si certaines procurations étaient utilisées contre vous, l’accès se débloquait automatiquement.
Il avait peur.
Très peur.
»
Élise n’avait pas pleuré ce jour-là.
Elle avait passé trop de mois à pleurer dans des pièces vides.
Elle avait seulement demandé :
« Est-il vivant ? »
Le notaire avait baissé les yeux.
« Je ne sais pas.
Mais il voulait que vous surviviez à ce que votre mari préparait.
»
Maintenant, devant Adrien, cette phrase revenait dans sa mémoire comme une main posée dans son dos.
Survivre.
Ce n’était plus assez.
Elle voulait la vérité.
Inès, jusque-là silencieuse, fouilla soudain dans son petit sac du soir.
Ses gestes étaient maladroits.
Adrien le remarqua.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Elle sortit une enveloppe beige scellée.
Adrien avança si vite qu’un serveur recula