presque imperceptible.
« Très bien.
»
Elle posa les doigts sur la pochette.
Adrien eut un mouvement de satisfaction, minuscule, mais elle le vit.
Il avait toujours ce tressaillement au coin de la bouche quand il croyait gagner.
Mais au lieu d’ouvrir la pochette, Élise la repoussa d’un centimètre.
Juste un centimètre.
Assez pour faire tomber une petite clé argentée qui s’était glissée dessous.
Elle roula sur la nappe et s’arrêta contre le pied du verre.
Adrien pâlit.
Inès ne le remarqua pas.
Élise, si.
La clé était fine, sans marque apparente, avec une rayure en diagonale près de l’anneau.
Élise la connaissait par cœur.
Elle l’avait trouvée trois jours plus tôt, cousue dans la doublure du vieux porte-documents d’Adrien, celui qu’il lui avait demandé de jeter après l’incendie de l’atelier.
Elle l’avait gardé parce qu’elle ne jetait jamais rien quand un homme trop pressé insistait.
« Tu as oublié celle-ci », murmura-t-elle.
Le visage d’Adrien se durcit.
« Où as-tu eu ça ? »
« Tu veux vraiment que je réponde devant tout le monde ? »
Son téléphone vibra alors sur la nappe.
Une fois.
Deux fois.
Puis sans arrêt.
Adrien détourna les yeux malgré lui.
L’écran indiquait le nom d’une banque privée suisse.
Il décrocha avec un geste brusque.
« Pas maintenant.
»
La voix au bout du fil était si paniquée qu’elle traversa presque la salle.
« Monsieur Vasseur, les mandats ont été révoqués ce soir.
Les procurations ne sont plus valables.
Le coffre de Genève a été ouvert il y a quarante minutes.
»
Adrien se redressa comme si quelqu’un venait de lui poser une lame entre les côtes.
Élise posa la clé devant lui.
Et sourit pour la première fois.
Le silence qui suivit n’avait plus rien à voir avec la politesse d’un restaurant luxueux.
C’était un silence vivant, tendu, dangereux.
Adrien gardait le téléphone à l’oreille, mais il ne semblait plus entendre personne.
« Qui a ouvert ce coffre ? » demanda-t-il enfin.
La voix répondit.
Élise ne perçut que des morceaux.
Mandataire secondaire.
Code dormant.
Instructions anciennes.
Signature conforme.
Adrien baissa lentement le téléphone.
« Gabriel », dit-il.
Inès tourna la tête vers lui.
« Qui est Gabriel ? »
Élise sentit quelque chose se serrer dans sa gorge, mais son visage ne bougea pas.
« Mon frère.
»
Inès cligna des yeux.
« Le frère disparu ? »
Adrien lui lança un regard si violent qu’elle recula d’un demi-pas.
« Tais-toi.
»
Ce simple mot fit tomber le masque d’Inès plus sûrement qu’un aveu.
Elle ne souriait plus.
Elle regardait Adrien comme on regarde une porte qu’on vient de voir se verrouiller de l’extérieur.
Élise reprit la clé entre deux doigts.
« Pendant des mois, j’ai cru que tu voulais seulement divorcer », dit-elle.
« Je pensais que tu avais honte de moi parce que je refusais de mentir aux investisseurs.
Je pensais même que tu avais choisi Inès parce qu’elle t’admirait encore.
»
Adrien posa la main sur la pochette.
« Élise, arrête.
»
« Puis j’ai compris que ce n’était pas une séparation.
C’était un nettoyage.
»
À l’autre bout de la salle, la directrice du restaurant venait de parler à deux hommes en costume sombre entrés par l’accès privé.
Ils ne ressemblaient ni à des clients ni à