Il croyait que le bébé était de lui, jusqu’au dossier oublié

venir.

Il était occupé par autre chose.

Clara était enceinte.

Éléonore ne l’apprit pas par un message volé ni par une indiscrétion.

L’assistant d’Adrien déplaça une réunion stratégique parce que son patron devait se rendre à Genève pour une consultation médicale personnelle.

Quelques heures plus tard, une demande administrative arriva au service des archives : Adrien souhaitait transférer son ancien dossier de fertilité à un centre de diagnostic suisse.

Le nom du centre figurait sur le formulaire.

Éléonore resta longtemps devant l’écran.

Elle connaissait très bien ce dossier.

Quatorze ans auparavant, Adrien avait subi un traitement agressif pour une maladie grave.

Des années plus tard, lorsqu’ils avaient essayé d’avoir un enfant, plusieurs analyses n’avaient détecté aucun spermatozoïde viable.

Une procédure plus invasive n’avait rien permis de récupérer non plus.

Le spécialiste avait expliqué que les chances d’une conception naturelle étaient extrêmement faibles.

Adrien avait vécu le diagnostic comme une humiliation.

Après leur dernière consultation, il avait demandé à Éléonore de ne plus jamais en parler.

Elle avait accepté.

Ils avaient même commencé à envisager l’adoption avant qu’une succession de problèmes professionnels ne mette leur projet en attente.

Puis les années étaient passées.

Adrien ne reparlait jamais d’enfants.

Apparemment, il n’avait pas davantage reparlé du diagnostic à Clara.

Le jeudi de son rendez-vous à Genève, Éléonore devait justement rencontrer le conseil bancaire du groupe à quelques rues du centre médical.

Elle termina sa réunion à quinze heures quarante.

Elle aurait pu prendre un taxi pour la gare.

Au lieu de cela, elle marcha.

Elle se disait qu’elle voulait seulement voir le bâtiment.

Puis elle aperçut Clara derrière les portes vitrées.

Son cœur ne s’accéléra même pas.

Clara portait une robe beige sous un manteau ouvert.

Une enveloppe blanche était serrée contre elle.

Adrien se tenait à son côté, une main posée au creux de son dos.

Le geste était tendre.

Familier.

Éléonore traversa la rue.

Lorsque les portes s’ouvrirent, Clara fut la première à la voir.

Elle s’arrêta si brusquement qu’Adrien faillit la heurter.

« Éléonore », dit-il.

Sa main quitta immédiatement le dos de Clara.

« Je peux expliquer. »

« J’imagine. »

Clara gardait les yeux baissés.

Un médecin sortit du couloir derrière eux.

Éléonore le reconnut : Samuel Rey avait autrefois travaillé dans l’équipe qui suivait Adrien à Lyon.

« Madame Sorel ? » dit-il, surpris.

Puis il regarda Adrien.

« Je pensais que vous en aviez parlé ensemble. »

Adrien fronça les sourcils.

« Parlé de quoi ? »

Samuel hésita.

« De vos antécédents de fertilité.

Vous avez demandé le transfert de votre ancien dossier ce matin. »

« Oui, mais je pensais que c’était ancien. »

Le médecin lui tendit la copie qu’il avait préparée.

« Les données sont anciennes, c’est vrai.

Nous devons refaire les examens.

Mais elles sont importantes pour interpréter votre situation actuelle. »

Adrien ouvrit le dossier.

Éléonore vit ses yeux descendre sur les premières lignes.

Puis s’arrêter.

« Aucun ? » demanda-t-il.

« Les analyses répétées n’avaient détecté aucun spermatozoïde viable, et la procédure de prélèvement n’en avait pas retrouvé non plus », expliqua Samuel.

« Cela ne remplace pas un bilan actuel, mais avec ces antécédents, une conception naturelle de votre part serait extrêmement improbable. »

Clara recula.

Son épaule toucha le mur.

Adrien releva lentement la tête.

«

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