« Tu comptes faire durer combien de temps ? »
J’ai posé mon sac sur une chaise.
« Le temps que tu m’expliques ça.
»
Je lui ai tendu une enveloppe brune.
Il l’a ouverte avec impatience.
Puis il a vu les copies.
Le désistement.
Les relevés bancaires.
Le mail de la directrice.
Les messages de Solange où elle écrivait, deux semaines plus tôt : « Cette école va lui coller une étiquette à vie.
Pense à Mila aussi.
» Et lui qui répondait : « Je m’en occupe.
»
Son visage a changé.
Pas de surprise.
De la peur.
« Élise… »
« Je t’écoute.
»
Il a froissé le coin d’une feuille entre ses doigts.
« Ce n’est pas aussi simple.
»
J’ai presque ri.
Encore ce mot.
« Alors rends-le clair.
»
Il s’est assis lentement.
Ses épaules se sont affaissées.
« Maman pensait que cette école allait l’enfermer dans son trouble.
Qu’après, les gens ne verraient plus que ça.
Elle disait que ça ferait du mal à Mila aussi, qu’on serait toujours “la famille avec le garçon compliqué”.
»
Je suis restée debout.
« Et toi, tu pensais quoi ? »
Il n’a pas répondu tout de suite.
« Je pensais que… peut-être qu’elle n’avait pas complètement tort.
»
La phrase m’a traversée plus froidement que l’insulte de Solange.
Parce qu’elle venait de lui.
« Tu as signé à ma place une décision qui concernait mon fils.
»
« Je suis son beau-père.
»
« Quand ça t’arrange.
»
Il a relevé la tête, blessé.
« Ce n’est pas juste.
»
« Non, Adrien.
Ce qui n’est pas juste, c’est un enfant qui demande s’il est moins de la famille qu’une autre.
Ce qui n’est pas juste, c’est une place d’école annulée pour préserver l’image de ta mère.
Ce qui n’est pas juste, c’est que tu saches tout ça et que tu me demandes combien de temps je vais bouder.
»
Le mot l’a frappé.
Il s’est levé.
« Je n’ai jamais voulu lui faire du mal.
»
« Mais tu as accepté qu’on lui en fasse.
Plusieurs fois.
»
La porte d’entrée s’est ouverte.
J’ai cru que c’était un voisin.
C’était Solange.
Elle tenait Mila par la main.
Ma fille portait son petit sac à dos rose et une veste trop légère.
Ses joues étaient rouges de froid.
Solange s’est arrêtée en voyant les papiers sur la table.
« Ah.
Donc tu as fouillé.
»
Adrien a fermé les yeux.
« Maman, pas maintenant.
»
« Si, maintenant.
» Elle a posé son sac sur le plan de travail.
« Il faut bien que quelqu’un dise les choses.
Ton fils a besoin d’un cadre normal, pas d’une école qui va l’encourager à se croire différent.
»
Mila a murmuré : « Sacha est différent ? »
Personne n’a respiré.
Je me suis agenouillée devant elle.
« Sacha apprend certaines choses autrement.
Comme toi, tu mets plus de temps à attacher tes boutons.
Ça ne veut pas dire qu’on l’aime moins.
»
Mila m’a regardée, inquiète.
« Il vient pas avec nous parce qu’il attache pas les boutons ? »
Solange a serré sa main.
« Mila, viens.
Les adultes parlent.
»
Ma fille a résisté.
« Moi je veux que Sacha vienne.
»
Ce fut