Au mariage de mon frère, mon mari m’a interdit de toucher à mon verre

brusquement attirerait forcément l’attention.

Mais Marc avait déjà repoussé sa chaise.

Dans le couloir, il ne m’avait rien expliqué.

« Pas ici », avait-il répété.

Nous avions traversé la cour jusqu’au parking.

Une fois dans la voiture, il avait verrouillé les portières avant de sortir son téléphone.

« Je suis allé répondre à Julien », avait-il dit.

« En revenant, j’ai pris le couloir derrière la salle.

Camille était avec ce serveur. »

Il m’avait montré une photo.

Elle n’était pas parfaite.

L’image avait été prise à distance et légèrement de côté.

Mais on distinguait clairement Camille, toujours en robe de mariée, tendant un petit flacon brun au serveur qui venait de remplir mon verre.

« Pourquoi tu as pris cette photo ? »

« Parce qu’ils ont arrêté de parler quand ils m’ont vu. »

Mon cœur s’était mis à battre plus vite.

« Ça peut être n’importe quoi. »

« Oui. »

Son regard n’avait pas quitté le mien.

« Mais elle a ensuite montré notre table.

Puis ta chaise. »

Je m’étais tournée vers le pare-brise.

À travers les arbres, on distinguait les lumières de la réception.

« Camille sait que je ne bois presque pas de digestifs. »

« Justement. »

Marc avait hésité.

« Tu te souviens du dîner chez nous, en juin, quand elle t’a demandé pourquoi tu refusais les somnifères de sa mère ? »

Je m’en souvenais vaguement.

Après mon opération cardiaque, mon cardiologue m’avait donné une liste de médicaments à éviter ou à ne prendre que sous surveillance.

Plusieurs anxiolytiques et sédatifs pouvaient aggraver mes troubles du rythme ou provoquer une chute dangereuse de tension avec mon traitement.

Camille avait posé beaucoup de questions ce soir-là.

J’avais cru qu’elle était curieuse.

« Tu penses qu’elle a mis un médicament dans mon verre ? »

« Je ne sais pas ce qu’elle a mis.

C’est pour ça que tu ne vas pas le boire. »

Nous avions appelé le directeur du domaine.

Au début, l’homme s’était montré prudent.

« Nous allons vérifier immédiatement, madame.

Ne consommez rien en attendant. »

Il nous avait rappelés vingt minutes plus tard.

Sa voix avait changé.

Le serveur avait reconnu qu’on lui avait remis un flacon.

Il affirmait qu’on lui avait dit qu’il s’agissait d’un complément digestif que je devais prendre avant le dessert.

« Qui lui a donné ? » avais-je demandé.

Silence.

« Madame, je préfère laisser les autorités vous répondre.

Nous avons appelé la gendarmerie. »

C’est à cet instant que la peur avait cessé d’être abstraite.

Nous étions rentrés directement chez nous.

À deux heures du matin, mon téléphone avait vibré.

Adrien.

« Tu aurais pu au moins prévenir avant de disparaître.

Camille est en larmes.

Tout le monde nous demande ce qui s’est passé. »

Je n’avais pas répondu.

Quelques minutes plus tard, il avait envoyé : « Si tu avais un problème avec elle, ce n’était vraiment pas le soir pour faire une scène. »

Une scène.

J’étais encore en train de relire ce mot lorsque le directeur du domaine avait rappelé Marc.

Les caméras de surveillance des zones de service venaient d’être consultées.

Camille apparaissait dans le couloir.

Et Adrien aussi.

Le lendemain matin, nous avons été reçus par les enquêteurs.

Ils nous ont montré une partie des images.

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