avant le premier je t’aime.
— Je veux rentrer à Paris, dit-elle finalement.
Marc allait protester.
— Pas pour le confronter seule, ajouta Claire.
Pour déposer plainte sur les faux dossiers médicaux et sécuriser mes actifs.
Isabelle eut un léger sourire.
— Voilà une différence importante.
Deux jours plus tard, Claire entra au cabinet de son avocate accompagnée d’un expert en fraude documentaire et d’un représentant de l’étude suisse.
Les faux dossiers médicaux furent transmis aux autorités compétentes.
Les procurations liées à ses comptes furent révoquées.
Une notification officielle informa Morel Capital que toute opération concernant les parts Valmont devrait désormais être approuvée directement par Claire.
Gabriel appela à onze heures douze.
Claire répondit.
— Où es-tu ? demanda-t-il.
— Chez mon avocate.
Silence.
— Tu es allée à Genève.
Ce n’était pas une question.
— Oui.
Gabriel inspira.
— Claire, certaines choses sont beaucoup plus compliquées qu’elles n’en ont l’air.
— Comme notre rencontre ?
Nouveau silence.
— Qui t’a parlé ?
— C’est donc vrai.
— Je savais que ton grand-père avait des participations.
Je ne savais pas tout.
— Tu savais avant notre mariage ?
Gabriel hésita.
Cette seconde d’hésitation fut sa réponse.
Claire ferma les yeux.
Elle aurait aimé ressentir de la colère.
À la place, elle éprouva une étrange tristesse calme.
— Est-ce qu’il y a eu un seul jour où tu m’as choisie sans penser à ce que je possédais ?
— Ce n’est pas juste.
— Réponds.
— Je t’ai aimée.
Claire regarda par la fenêtre du cabinet.
Paris semblait paisible sous le soleil, indifférent à leurs ruines privées.
— Peut-être, dit-elle.
Mais pas assez pour me laisser libre.
Elle raccrocha.
Gabriel tenta ensuite la séduction, la colère, puis la menace juridique.
Aucune ne fonctionna.
Anaïs, de son côté, contacta l’avocate de Claire trois semaines plus tard.
Elle avait compris qu’elle avait été utilisée.
Gabriel lui avait promis une place officielle dans sa vie après le divorce.
En réalité, il avait surtout besoin d’elle pour provoquer une scène publique.
Anaïs remit des messages dans lesquels Gabriel précisait l’heure exacte à laquelle elle devait apparaître à son bras et insistait pour que les photographes soient présents.
Ces messages devinrent un élément supplémentaire dans le dossier démontrant qu’il avait voulu construire le récit d’une épouse émotionnellement déstabilisée.
L’enquête sur les documents médicaux révéla finalement qu’un intermédiaire employé par un prestataire de Morel Capital avait payé une secrétaire pour créer des dossiers fictifs.
Gabriel nia avoir donné cet ordre.
La justice ferait son travail.
Claire, elle, n’attendit pas un verdict pour recommencer à vivre.
Le divorce prit plusieurs mois.
Elle quitta l’appartement de l’avenue Foch et loua une maison plus petite près de sa sœur pour terminer sa grossesse.
Elle apprit à dormir sans attendre le bruit d’une clé à deux heures du matin.
Elle acheta elle-même le berceau de sa fille.
Pas italien.
Pas signé.
Un simple berceau en bois clair fabriqué par un artisan local.
Sa fille naquit un matin de septembre après dix heures de travail.
Claire l’appela Juliette, en hommage discret à son père Julien sans lui donner exactement son prénom.
Quand l’infirmière posa le bébé contre elle, Claire observa ses minuscules doigts se refermer autour du sien.
Elle pensa à tout ce qu’elle avait découvert depuis cette réception.
À l’argent.
Aux