vous pouvez avoir la décence de reculer, maintenant.”
Un murmure violent agita les invités.
Victor Morel s’avança.
“Autorités ? Vous n’avez aucun droit.”
“J’en ai beaucoup moins que la police financière,” répondit Henri.
“Mais assez pour les attendre avec patience.”
Adrien se retourna vers Louise.
Pendant une seconde, il redevint l’homme des bouquets, des messages tendres, de la main chaude dans les couloirs d’hôpital.
“Louise, écoute-moi.
Il manipule tout.
Il veut te prendre ce qui reste de ton père.”
Ce fut le nom de son père qui la réveilla.
Pas la peur.
Pas la honte.
Pas même la colère.
Son père.
Armand Delcourt avait eu des défauts.
Il travaillait trop, dormait peu, cachait ses inquiétudes derrière des plaisanteries.
Mais jamais il n’aurait voulu la voir trembler devant un homme en robe blanche et fleurs suspendues.
Jamais il n’aurait voulu qu’elle confonde sacrifice et soumission.
Louise ouvrit sa pochette.
Ses doigts tremblaient, mais ils trouvèrent le mouchoir.
Elle sortit la clé USB noire.
Le sourire d’Adrien disparut.
“Pose ça,” dit-il.
Il n’avait pas crié.
C’était pire.
Sa voix était basse, étranglée, dépouillée de tout vernis.
Louise regarda la clé dans sa paume.
“Tu sais ce qu’il y a dessus.”
“Je sais qu’on t’a fait peur.”
“Non.” Elle leva les yeux vers lui.
“Tu as fait ça toi-même.”
Adrien tendit la main pour attraper son poignet.
Louise recula.
“Ne me touche plus.”
La phrase, claire et simple, sembla ouvrir une fissure dans l’air.
Sa mère pleura plus fort.
Noé se redressa sur sa chaise.
Le prêtre s’écarta silencieusement, comme s’il venait de comprendre qu’il ne célébrait plus une union, mais assistait à une confession.
Henri fit signe à l’un de ses assistants, un homme en costume sombre posté près de la table des musiciens.
Celui-ci s’approcha de l’ordinateur relié à l’écran géant qui devait diffuser, après les vœux, les photos d’enfance des mariés.
Adrien recula d’un pas.
“C’est illégal.”
“Ce qui est illégal,” dit Henri, “c’est d’utiliser un faux dossier médical pour déclarer une femme instable afin de lui voler son patrimoine.”
Cette fois, les invités ne murmurèrent pas.
Ils se figèrent.
Louise sentit son cœur cogner si fort qu’elle crut que sa robe allait bouger.
Elle n’avait pas encore vu cette partie.
Elle avait arrêté la vidéo avant.
“Quel dossier médical ?” demanda sa mère.
Adrien ouvrit la bouche, puis la referma.
Victor Morel lança un regard noir à son fils.
Dans ce regard, il n’y avait pas seulement de la colère.
Il y avait de la peur.
La clé fut branchée.
L’écran s’alluma.
Pendant une seconde, une lumière bleutée couvrit les fleurs blanches derrière l’autel.
Puis la vidéo démarra.
L’image était floue, prise depuis un angle bas.
On distinguait un bureau sombre, une lampe verte, trois silhouettes.
Aucun document n’était lisible.
Mais les voix, elles, étaient nettes.
Adrien parlait.
“Une fois mariée, elle signera.
La maison Delcourt, les parts de la clinique, les terrains du nord, tout passera sous contrôle.
Elle croira sauver son frère.
Elle ne comprendra rien avant trop tard.”
Un cri étouffé sortit de la bouche de la mère de Louise.
Puis une autre voix répondit.
“Et si elle refuse ?”
Louise se figea.
Elle connaissait cette voix depuis l’enfance.
Elle l’avait entendue raconter des histoires à Noël, plaisanter avec son père dans la cuisine, lui dire