Le chien refusait de quitter le cercueil — puis quelqu’un entendit un souffle

Le chien ne grognait pas contre les hommes autour du cercueil.

Il essayait de leur dire quelque chose.

Sous une pluie froide de novembre, Orion, un berger belge noir de quatre ans, se tenait contre le cercueil fermé d’Élise Moreau comme s’il avait décidé que personne ne l’emporterait.

Ses pattes couvertes de boue glissaient sur les dalles du petit cimetière de Valmont.

Son flanc se soulevait à toute vitesse.

Ses oreilles étaient plaquées en arrière.

Puis il recommença à gratter le bois.

Le bruit sec de ses griffes traversa le silence de la cérémonie.

Julien Moreau sentit sa femme lui saisir l’avant-bras.

« Fais quelque chose », murmura Claire.

Sa voix ne contenait pourtant aucune colère.

Seulement de la peur.

Trois jours plus tôt, ils avaient perdu leur fille de onze ans.

Du moins, c’était ce que tout le monde croyait.

La famille avait passé le dimanche près des anciennes carrières de Saint-Aubin, à six kilomètres de Valmont.

Le lieu, autrefois exploité pour sa pierre calcaire, avait été transformé en réserve naturelle.

Des sentiers balisés contournaient les entrées condamnées des anciennes galeries.

Élise adorait l’endroit.

Elle photographiait les mousses, ramassait des feuilles étranges et parlait à Orion comme s’il était son assistant scientifique.

Vers quinze heures, un brouillard épais avait commencé à descendre entre les arbres.

Julien avait proposé de rentrer.

« Encore cinq minutes ! » avait crié Élise depuis quelques mètres plus loin.

Orion marchait à côté d’elle.

Claire se souvenait encore du foulard rouge de sa fille disparaissant derrière un virage du sentier.

Ensuite, il y avait eu un bruit sourd.

Pas un cri.

Pas un appel.

Un grondement profond venu du sol.

Julien avait couru.

Le chemin s’était effondré sur plusieurs mètres.

De la terre fraîche et des branches couvraient le bas de la pente.

« Élise ! »

Aucune réponse.

Orion avait disparu lui aussi.

Les secours arrivèrent avant la tombée de la nuit.

Des gendarmes, des pompiers et une équipe cynophile fouillèrent les bois sous des projecteurs.

Claire resta près du poste de commandement avec une couverture autour des épaules, incapable de détacher les yeux de l’obscurité.

À deux heures du matin, un pompier revint avec Orion.

Le chien était couvert de terre jusqu’au ventre.

Ses pattes étaient écorchées.

Entre son collier et son cou pendait le foulard rouge d’Élise.

Claire s’était précipitée vers lui.

« Où est-elle ? Orion, où est Élise ? »

Le chien avait essayé de repartir immédiatement vers la pente.

Deux hommes avaient dû le retenir.

À l’aube, une équipe pénétra dans un ancien tunnel de drainage accessible plus bas.

Elle y trouva le corps d’une jeune fille.

Le manteau bleu correspondait à celui d’Élise.

La taille aussi.

Au poignet se trouvait un bracelet en argent orné d’une petite étoile, presque identique à celui que Claire lui avait offert pour ses onze ans.

Le visage était difficile à reconnaître après la chute et les heures passées dans l’humidité.

On demanda à Julien de procéder à une identification préliminaire.

Il entra dans la pièce blanche de l’hôpital avec les jambes engourdies.

Il ne regarda presque pas le visage.

Il vit le manteau.

Le bracelet.

Puis une petite marque près du pouce gauche.

Élise avait une cicatrice à cet endroit depuis qu’elle s’était coupée avec une boîte de conserve deux ans

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