de la mère de ses enfants plus difficile ?
Lorsqu’elle l’avait confronté trois mois auparavant, il avait souri.
« Claire, tu donnes trop d’importance à ton rôle dans ma vie. »
Cette phrase l’avait humiliée plus que si Marc avait crié.
À présent, devant le juge, il reprit la même posture tranquille.
« Je ne cherche pas à la punir », dit-il.
« Je veux seulement empêcher que les enfants vivent dans l’incertitude permanente. »
Claire sentit Noah se raidir.
Marc tourna brièvement les yeux vers lui.
Le changement fut presque imperceptible.
Mais Noah l’avait vu.
Pendant les week-ends chez son père, Marc ne criait presque jamais.
C’était l’une des raisons pour lesquelles les adultes avaient tant de mal à comprendre la peur du garçon.
Marc préférait les phrases calmes.
Il montrait à Noah la chambre qui pourrait devenir la sienne.
Il lui parlait de l’école privée où il pourrait entrer.
Il lui montrait des photos de vacances au bord de l’océan.
Puis, lorsqu’ils étaient seuls, il glissait autre chose entre deux promesses.
« Ta mère travaille déjà trop. »
Ou : « Tu sais, parfois aimer quelqu’un, c’est éviter de devenir un poids pour lui. »
Une nuit, dans la cuisine immense de la maison, il avait même dit :
« Si tu choisis de rester avec elle, elle devra continuer à se battre.
Et chaque fois qu’elle se bat contre moi, elle perd quelque chose.
Tu as remarqué ça, non ? »
Noah avait effectivement remarqué.
Le travail perdu.
L’appartement perdu.
Les factures que sa mère cachait sous une pile de courrier.
Les nuits où elle croyait les enfants endormis et restait devant la table de cuisine à faire des calculs sur un vieux cahier.
Le garçon avait commencé à croire que ces malheurs pouvaient être sa faute.
Claire, elle, ne comprenait pas pourquoi son fils était devenu silencieux.
Il ne voulait plus aller seul chercher un verre d’eau la nuit chez son père.
Il sursautait lorsqu’un téléphone sonnait.
Il demandait régulièrement à Claire : « Si on devait encore déménager, tu saurais où aller ? »
Elle pensait qu’il avait peur de la pauvreté.
Elle ignorait qu’il avait peur de Marc.
Le juge se pencha légèrement vers Noah.
« Tu n’as pas besoin de choisir la personne que tu aimes le plus.
J’essaie seulement de comprendre ce que tu ressens. »
Noah inspira.
Puis il posa son sac à dos bleu sur ses genoux.
« Je peux montrer quelque chose avant de répondre ? »
L’avocat de Marc fronça les sourcils.
Claire regarda son fils ouvrir la fermeture éclair principale.
Marc, lui, changea de visage.
« Noah », dit-il.
Ce n’était qu’un prénom.
Mais le garçon s’immobilisa une seconde.
Puis il plongea la main dans le sac et en sortit un vieux téléphone noir.
L’écran était traversé par deux fissures profondes.
Un coin de la coque tenait grâce à du ruban adhésif transparent.
Claire reconnut immédiatement l’appareil.
C’était son ancien téléphone.
Elle l’avait donné à Noah pour qu’il puisse l’appeler pendant ses séjours chez son père.
« Je pensais qu’il ne fonctionnait plus », murmura-t-elle.
Noah secoua la tête.
« Papa aussi. »
Marc se leva.
« Monsieur le juge, cet appareil contient peut-être des conversations obtenues sans consentement. »
Le juge leva une main.
« Asseyez-vous,