Sa robe de bal détruite cachait une vérité bien plus cruelle

demande de faire comme si de rien n’était. »

« Tout le monde va savoir. »

« Peut-être. »

Elle ferma les yeux.

« Je voulais juste être jolie une soirée.

Pas courageuse.

Pas triste.

Pas la fille dont la mère est morte.

Juste jolie. »

Marc sentit sa gorge se serrer.

« Alors on va essayer de sauver ça.

Pas pour eux.

Pour toi. »

Ils allèrent directement chez Samira.

La couturière ouvrit la housse sur sa grande table et resta silencieuse.

Elle toucha le tissu avec un respect presque médical, comme si elle examinait un être vivant.

« Je ne peux pas refaire la même robe », dit-elle enfin.

Nina baissa la tête.

Samira posa une main sur le morceau de soie ivoire.

« Mais je peux en faire une autre.

Plus simple.

Plus forte.

On ne cachera pas toutes les cicatrices.

On les déplacera. »

Nina releva les yeux.

Pendant deux jours, l’atelier de Samira devint leur refuge.

Marc apporta du café.

Monique vint coudre sans parler, les yeux humides derrière ses lunettes.

Une camarade de Nina, Amandine, passa avec une paire de chaussures prêtées.

Même le professeur de musique envoya un message pour dire que, si Nina venait au bal, l’orchestre serait prêt à jouer le morceau qu’elle aimait.

Nina travaillait avec eux.

Elle découpait les parties sauvables, choisissait les plis, décidait où placer la soie de Claire.

À un moment, elle prit le morceau le plus abîmé du foulard.

« Je ne veux pas qu’on le voie trop », dit-elle.

Samira demanda : « Parce que ça te fait mal ? »

Nina réfléchit.

« Non.

Parce que c’est à moi. »

La nouvelle robe fut terminée le dimanche à dix-sept heures.

Elle était plus courte, plus fluide, moins parfaite que la première.

Le vert sauge formait des panneaux croisés.

La soie ivoire apparaissait seulement à l’intérieur d’un pli, visible quand Nina marchait.

Les entailles les plus fines avaient été transformées en broderies discrètes, comme des nervures de feuilles.

Quand Nina l’enfila, elle se regarda dans le miroir longtemps.

Marc attendait derrière elle.

« Tu n’es pas obligée », dit-il.

Elle toucha le pli de soie.

« Je sais. »

Elle inspira.

« C’est pour ça que j’y vais. »

Le bal avait lieu dans la grande salle vitrée du lycée.

Des guirlandes chaudes pendaient au plafond.

La pluie avait recommencé dehors, traçant des lignes sur les fenêtres.

Lorsque Nina entra au bras de son père, les conversations baissèrent.

Marc sentit sa fille se raidir.

Puis Amandine traversa la salle et la prit dans ses bras.

« Tu es magnifique », dit-elle simplement.

Un garçon de l’orchestre leva son archet en guise de salut.

Une professeure posa une main sur son cœur.

Les regards curieux existaient, oui.

Les murmures aussi.

Mais ils ne ressemblaient pas tous à de la pitié.

Beaucoup ressemblaient à du respect.

Léna et Iris n’étaient pas dans la salle.

Cécile non plus.

Plus tard, pendant que les élèves se rassemblaient pour l’ouverture, la proviseure demanda à Nina si elle souhaitait toujours participer.

Nina regarda les autres représentants, puis son père.

« Oui », dit-elle.

« Mais je ne veux pas qu’on dise que je suis courageuse. »

La proviseure parut surprise.

Nina ajouta : « Dites seulement que je suis venue.

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