presque trente heures.
Je n’avais rien mangé depuis le matin.
Dans le hall, mes jambes ont lâché.
Solène m’a retenu.
Elle vérifiait si je m’étais cogné la tête. »
Je secouai la tête.
« Ta main était autour de sa taille. »
« Je m’accrochais à elle pour rester debout. »
« Elle avait son visage à cinq centimètres du tien. »
« Parce qu’elle essayait de savoir si j’étais conscient. »
Le silence qui suivit fut insupportable.
Je repensai à ce que j’avais fait en rentrant chez moi.
Retirer sa clé de mon trousseau.
Écrire six mots.
Je ne peux pas vivre comme ça.
Déposer la clé dans sa boîte aux lettres le lendemain matin.
Ignorer ses dix-sept appels.
Je m’étais crue forte.
En réalité, j’avais eu peur d’entendre une explication capable de me faire douter de ce que j’avais vu.
Adrien passa une main sur son visage.
« Pourquoi tu ne m’as pas demandé ? »
Je ris sans humour.
« Pourquoi tu ne m’as pas demandé qui était l’homme sur cette photo ? »
Nous sommes restés silencieux.
Deux adultes diplômés, raisonnables en théorie, assis dans une salle médicale à comprendre que leur rupture s’était construite sur deux images privées de contexte.
Puis le téléphone d’Adrien vibra.
Il regarda l’écran.
Son expression changea.
« Quoi ? » demandai-je.
Il me montra le message.
Numéro masqué.
Le texte disait de me demander ce que je n’avais pas remarqué dans la vitre derrière Solène le soir de la rupture.
Je sentis mes bras se couvrir de chair de poule.
« Tu as raconté cette histoire à quelqu’un ? »
« Je ne savais même pas que tu étais devant mon immeuble. »
« Et Solène ? »
« Je n’ai jamais reparlé avec elle de cette nuit. »
Un second message arriva.
Vous êtes enfin dans la même pièce.
Ne gâchez pas la suite.
Cette fois, Adrien se leva immédiatement.
« Ce n’est pas une plaisanterie. »
« Quelqu’un nous observe depuis des semaines. »
Des pas s’arrêtèrent dans le couloir.
La poignée s’abaissa.
Une femme entra avec une feuille de laboratoire à la main.
Cheveux roux attachés bas.
Blouse blanche.
Expression sûre d’elle.
Je l’avais déjà vue une seule fois.
Dans le hall de l’immeuble d’Adrien.
Solène Vautrin.
« Adrien, le laboratoire vient de… »
Elle me vit et s’arrêta.
Une fraction de seconde.
Assez pour que je remarque la surprise sur son visage.
Puis elle sourit.
« Camille, je suppose. »
Adrien tourna la tête vers elle.
« Vous vous connaissez ? »
« Non », répondis-je.
Solène haussa les épaules.
« Tu as beaucoup parlé d’elle autrefois. »
Le mot autrefois resta suspendu dans l’air.
Je pointai la feuille.
« Les résultats ? »
Solène redevint immédiatement médecin.
« Le test de grossesse est négatif.
Le dosage sanguin aussi. »
Un immense soulagement me traversa.
« Donc ce n’est pas ça. »
« Non.
Il faudra compléter le bilan, mais avec la perte de poids, le stress et votre rythme de vie, une perturbation fonctionnelle du cycle est une possibilité réelle. »
Adrien ne semblait presque pas entendre.
« Solène », dit-il.
« Tu te souviens de la nuit où tu m’as raccompagné après ma garde ? »
Elle leva lentement les yeux.
« Oui. »