de votre père.
J’arrive. »
« Vous saviez qu’il existait quelque chose ? »
« Votre père savait que certaines personnes s’intéressaient de trop près à sa succession.
Il a pris des précautions. »
Elle refusa d’en dire plus au téléphone.
En raccrochant, je remarquai une petite boîte en fer sous la table de rempotage.
Je l’avais probablement regardée cent fois sans la voir.
Une étoile bleue était peinte sur le couvercle.
Mon père dessinait cette étoile sur mes cadeaux lorsque j’étais enfant.
À l’intérieur se trouvaient une clé en laiton et une enveloppe.
Sur celle-ci, il avait écrit :
« Camille.
Seulement s’ils viennent réclamer Keravel. »
Maître Delcourt arriva vingt minutes plus tard.
Lorsqu’elle vit l’écriture, elle resta silencieuse.
« Il ne m’avait pas dit où il laisserait son dernier élément de sécurité », murmura-t-elle.
« Quel élément de sécurité ? »
Elle regarda la clé.
« Ouvrons d’abord la lettre. »
La première phrase me coupa le souffle.
« Ma Camille, si tu lis ceci, quelqu’un prétend probablement que j’ai décidé de donner Keravel à Marc.
C’est faux. »
Mon père expliquait qu’en janvier, plusieurs semaines avant que sa santé se dégrade sérieusement, il avait commencé à recevoir des documents qu’il n’avait jamais demandés.
Certains provenaient de sociétés liées à Marc.
D’autres lui étaient présentés par Julien.
Il avait rapidement compris que mon frère avait de graves problèmes financiers.
Julien avait investi dans une entreprise de rénovation qui s’était effondrée.
Pour maintenir la société en vie, il avait signé des garanties personnelles.
Ses créanciers pouvaient lui réclamer plusieurs centaines de milliers d’euros.
Puis Marc était intervenu.
Par une société d’investissement, il avait racheté une partie des créances.
Il était devenu celui qui pouvait sauver Julien ou l’enterrer financièrement.
Mon père n’avait rien dit parce qu’il voulait comprendre ce qu’ils cherchaient.
Il avait alors conçu un test avec Maître Delcourt.
Trois projets non valides de codicille avaient été créés.
Les trois semblaient authentiques à première vue, mais chacun contenait une différence volontaire.
La version que Julien avait aperçue faisait référence à la démolition future de la serre.
La version montrée à Marc mentionnait l’ancienne remise à bateaux.
La troisième ne mentionnait aucun de ces bâtiments.
Si l’un de ces détails revenait jusqu’à moi avant l’ouverture officielle de la succession, mon père saurait quel document avait circulé.
Solène venait de parler spontanément de la serre.
Cela signifiait que le document confié à Julien avait atteint Marc et sa femme.
Mais la lettre révélait plus important encore.
Quatre mois avant sa mort, mon père avait transféré légalement Keravel dans une structure patrimoniale irrévocable dont je deviendrais l’unique bénéficiaire après son décès.
La maison ne faisait donc plus partie des biens qu’un testament ou qu’un codicille ultérieur pouvait transmettre à Marc.
« Même s’ils ont un document signé ? » demandai-je.
« Même dans ce cas », répondit Maître Delcourt.
« Votre père avait déjà sécurisé la propriété. »
J’aurais dû me sentir soulagée.
Mais il restait la clé.
Nous reconnûmes qu’elle appartenait à un coffre bancaire que mon père avait loué quelques mois auparavant.
Dans l’après-midi, nous nous rendîmes à Saint-Malo.
Le coffre contenait une clé USB, un vieux dictaphone et un dossier de copies certifiées.
Les documents confirmaient le transfert de Keravel.
La clé USB contenait autre chose.
Des