joyeux.
C’était un petit son épuisé.
« Tu as raison.
Le spectacle, c’est quand je parle.
Mais quand tu me prends mon téléphone pendant trois jours, c’est privé.
Quand tu fouilles mes mails, c’est privé.
Quand tu bloques ma carte parce que j’ai déjeuné avec une collègue, c’est privé. »
Laurent devint rouge.
« Ça suffit. »
« Non. »
Ce seul mot changea tout.
Laurent se leva à moitié, passa le bras derrière elle et saisit sa queue-de-cheval.
Il tira.
Anaïs poussa un cri bref et son corps partit vers l’arrière.
Une seconde plus tard, il força sa tête vers la table.
Les conversations cessèrent autour d’eux.
« Si tu veux me contredire, tu apprendras au moins à le faire en privé », souffla-t-il.
Claire resta paralysée moins d’une seconde.
Puis elle vit le visage d’Anaïs.
Pas seulement sa douleur.
Sa honte.
Sa fille avait les yeux baissés comme si elle venait elle-même de commettre quelque chose d’impardonnable.
Monique, de l’autre côté de la table, ne cria pas.
Elle sourit.
« Les jeunes femmes d’aujourd’hui confondent mariage et liberté totale », dit-elle.
« Parfois, un mari doit rappeler les limites. »
Claire se leva.
Laurent tourna la tête vers elle sans lâcher Anaïs.
« Rasseyez-vous. »
Claire ouvrit son sac.
Elle sortit son téléphone.
« Relâche ma fille. »
« Sinon quoi ? »
Elle ouvrit d’abord le dossier où elle avait regroupé les sauvegardes d’Anaïs.
Depuis la veille, elle avait préparé un message adressé à elle-même, à une amie avocate d’Anaïs et à l’adresse professionnelle personnelle de sa fille.
Elle ne savait pas si elle l’enverrait un jour.
Elle appuya sur Envoyer.
Puis elle appela les secours.
« Je signale une agression en cours dans le restaurant de l’Hôtel Beaumont », dit-elle clairement.
« Un homme retient actuellement sa femme par les cheveux.
Il y a de nombreux témoins et probablement des images de surveillance. »
Laurent lâcha Anaïs.
Son assurance disparut.
« Vous avez envoyé quoi ? »
Claire posa une main sur l’épaule de sa fille.
« Ce que tu pensais avoir effacé. »
Le visage de Laurent changea davantage encore.
Et Claire comprit qu’elle ne connaissait probablement qu’une partie de l’histoire.
Le directeur du restaurant arriva presque immédiatement.
Un serveur lui avait déjà signalé l’incident.
« Monsieur, je vais vous demander de vous éloigner de cette dame. »
Laurent se leva.
« C’est ma femme.
Nous avons eu une dispute.
Sa mère essaie de transformer ça en affaire criminelle. »
« Vous venez de lui tirer les cheveux devant toute la salle », répondit une voix derrière lui.
Une cliente d’une cinquantaine d’années s’était levée.
« Et j’en ai filmé une partie. »
Laurent la fixa.
Le directeur ajouta : « Nos caméras couvrent également la salle.
Les images seront conservées. »
Anaïs commença à pleurer.
Claire la prit dans ses bras.
« Je suis désolée », murmura Anaïs.
Claire recula juste assez pour la regarder.
« De quoi ? »
« D’avoir laissé tout ça arriver.
D’être revenue.
De t’avoir menti. »
« On parlera de tout ça plus tard.
Pour l’instant, tu n’as rien à expliquer devant lui. »
Lorsque les policiers arrivèrent, ils séparèrent les personnes présentes et commencèrent à recueillir les déclarations.
Anaïs accepta de parler loin de Laurent.
Elle raconta